L'Institut du monde arabe reçoit une formidable donation d'art contemporain

Mis à jour le 08/11/2018 à 12H35, publié le 02/11/2018 à 11H00
Décor de l'Institut du monde arabe, à Paris

Décor de l'Institut du monde arabe, à Paris

© Manuel Cohen / Mcohen / AFP

L'Institut du monde arabe (IMA) s'est enrichi d'une stupéfiante collection de 1300 tableaux et oeuvres diverses, donnée par les collectionneurs Claude et France Lemand, qui reflète la richesse de la peinture arabe moderne et contemporaine, de l'Irak à l'Algérie. Elle fait plus que tripler le fonds de l'IMA en art de cette période.

Le contrat fabuleux finalisant cette donation de Claude et France Lemand à l'Institut du monde arabe a été signé mercredi 24 octobre. Elle est accompagnée d'un important fonds de dotation pour poursuivre les acquisitions, organiser des expositions, étudier les œuvres, publier des catalogues.
 
La collection d'art moderne et contemporain de l'IMA était de 500 oeuvres auxquelles viennent s'ajouter 1.300 oeuvres de la donation, soit plus du double.
 
Jusqu'au 10 mars, trois expositions thématiques montrant une petite partie des oeuvres de la nouvelle collection ont ouvert leurs portes et les visiteurs peuvent d'ores et déjà les voir avec le même billet qui leur permet d'accéder aux salles permanentes et à l'exposition phare du moment, "les Cités millénaires" (Alep, Mossoul, Palmyre) reconstituées en 3D.
Mohammad Al-Rawas, Urban Debris, 2004

Mohammad Al-Rawas, Urban Debris, 2004

© Mohammad Al-Rawas

Claude Lemand, un passionné d'art

La collection Lemand regroupe 94 artistes sur trois générations, dont 68 du monde arabe. 366 peintures, 239 aquarelles et gouaches, 151 dessins, 41 sculptures, 314 estampes la composent notamment. Parmi les artistes de la collection, Abdallah Benateur, Youssef Abdelké, Dia Al-Azzawi, Etel Adnan, Shafic Abboud, Mohammad Al-Rawas, Abdelkader Guermaz, pour ne citer que les plus connus.
 
Passionné d'art, Claude Lemand est Libanais et a dû quitter son pays dans les années 1970 lors de la guerre civile. Il a ouvert en 1988 une galerie d'art à Paris. Il se définit comme "héritier d'un certain esprit libanais, fait de dialogue des cultures" et peste contre la "mentalité du communautarisme" et le soupçon que le pays du Cèdre est "bouffé par tous les gros", les grandes puissances qui veulent consolider leur influence au Moyen-Orient.
Mohammed Khadda, "Sahel sous le vent", 1989

Mohammed Khadda, "Sahel sous le vent", 1989

© Mohammed Khadda

Une partie de la collection exposée jusqu'au 10 mars

Deux des trois premières expositions d'une partie de la collection, qui sont visibles jusqu'au 10 mars, avant de céder le relais à d'autres, témoignent de la richesse et de la vivacité colorée des inspirations de la peinture moderne et contemporaine dans le Proche et le Moyen Orient. Une peinture qui n'est pas marquée par la résignation face aux conflits mais par la résilience et une vie intense.
 
La première montre "le monde arabe vu par ses artistes", et surprend par la présence de tous les styles modernes et figuratifs. Une autre s'appelle joliment "Portrait de l'oiseau qui n'existe pas" d'après un poème de Claude Aveline. Tous les artistes ont été invités à s'inspirer du thème de l'oiseau pour l'imaginer dans toutes les postures et avec tous les messages possibles. Comme le magnifique "Corbeaux" de Vladimir Velickovic. Une troisième exposition des oeuvres de Youssef Abdelké, peintre syrien, opposant à la dynastie Al-Assad, déroule le martyre de la Syrie.
Nassouh Kaghlouleh, Damas 38, 2009

Nassouh Kaghlouleh, Damas 38, 2009

© Nassouh Zaghlouleh

Le monde arabe, résultat de multiples héritages

"Nous avons rencontré (le président de l'IMA, ancien ministre de la Culture) Jack Lang. Il y a eu immédiatement un accord sur tout. La réunion a duré seulement une demi-heure", confie à l'AFP Claude Lemand, racontant la genèse de l'accord fabuleux il y a quelques mois.
 
"Ce n'est pas une donation morte car le fonds de dotation permettra d'enrichir les collections en permanence. Il permettra de financer la recherche, les expositions, les médiations" entreprises par l'IMA depuis son ouverture en 1987, espère-t-il.
 
L'IMA, insiste de son côté son directeur Eric Delpont, "est un musée des arts du monde arabe" qui "ne cherche pas à entrer en concurrence avec les musées d'art islamique". Il rappelle que "le monde arabe est le résultat d'une multiplicité d'héritages", de la Mésopotamie à l'Egypte des Pharaons, en passant par les grandes religions monothéistes.
 
 
Grâce à la donation Lemand, l'IMA souhaite devenir à brève échéance un "musée des arts du Monde arabe", avec un focus particulier sur la deuxième moitié du XXe siècle. Une campagne de levée de fonds est en cours pour réaménager ses espaces.