Arts d'Afrique : 2e édition de la foire AKAA à Paris, avec un hommage à Ousmane Sow

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 10/11/2017 à 15H30, publié le 08/11/2017 à 14H23
A gauche, Ousmane Sow, "Nouba qui se maquille", série Nouba - A droite, Nicola Brandt, "Possession, Uakondjisa Kakuekuee Mbari, Namibi Desert", 2013

A gauche, Ousmane Sow, "Nouba qui se maquille", série Nouba - A droite, Nicola Brandt, "Possession, Uakondjisa Kakuekuee Mbari, Namibi Desert", 2013

© A gauche © Béatrice Soulé / Roger Viollet / ADAGP - A droite, Courtesy Guns & Rain (Johannesburg) and the artist

La deuxième édition d'AKAA, la foire parisienne d'art contemporain et de design africain, ouvre vendredi et pour trois jours (jusqu'à dimanche 12 novembre) au Carreau du Temple à Paris. Elle réunit 38 galeries de 19 pays et quelque 150 artistes de 28 pays et rend hommage au sculpteur sénégalais Ousmane Sow, décédé il y a deux ans.

La première édition d'Akaa (Also Known As Africa) avait accueilli l'an dernier 15.000 visiteurs. Depuis quelque temps, l'art africain connait un engouement certain sous nos latitudes (grandes rétrospectives consacrées à Seydou Keita au Grand Palais et Malick Sidibé à la Fondation Cartier, l'exposition Afriques Capitales à Paris et à Lille, l'exposition Art/Afrique à la fondation Vuitton...).
 
"La vieille Europe semble souffrir d'une fièvre étrange", écrit Simon Njami, directeur artistique de la 12e édition de la Biennale de Dakar et membre du comité de sélection d'AKAA. Et, que cet engouement dure ou pas, "la vérité est que depuis une trentaine d'années, avec une progression exponentielle, l'Afrique travaille (…). Le marché suit et ne fait que suivre", souligne-t-il. Les Africains "continueront à travailler, quelques puissent être les caprices d'un marché 'global' essentiellement tourné vers lui-même", estime le critique d'art.
Boris Nzebo, "La rage du peuple", 2017

Boris Nzebo, "La rage du peuple", 2017

© Courtesy Galerie MAM / Fondation Donwahi (Douala/Abidjan)

De nouveaux pays présents

On retrouve donc AKAA cette année pour une deuxième édition, dans le même lieu, avec quelques galeries de plus (plus de la moitié des exposants sont renouvelés), de nouveaux pays présents, d'Afrique (Angola, Côte d'Ivoire, Ouganda, Sénégal et Tunisie) et d'ailleurs (Suisse, Belgique, Italie et Espagne). Et des rencontres, ateliers, conversations, performances et signatures de livres au sous-sol.
 
AKAA présente des artistes d'Afrique et de sa diaspora ou "inspirés par le continent" : 149 au total, présentés par 38 galeries internationales d'Afrique du Sud ou de Côte d'Ivoire, d'Espagne ou d'Ethiopie, du Sénégal ou des USA…

AKAA est une foire, donc un rendez-vous marchand, mais se veut aussi un rendez-vous culturel pour faire découvrir les oeuvres des artistes présentés : elle propose par exemple des audio-guides aux visiteurs.
Girma Berta, "Moving Shadows II, VIII", 2017

Girma Berta, "Moving Shadows II, VIII", 2017

© Courtesy of Addis Fine Art (Addis Abeba)


Hommage à Ousmane Sow

AKAA rend hommage cette année à Ousmane Sow, un des premiers artistes africains à avoir connu le succès auprès du grand public à Paris, quand il a exposé en 1999 ses grands personnages sur le pont des Arts, où ils ont été vus par plus de 3 millions de visiteurs.
 
Au niveau -1 du Carreau du Temple sont exposées quatre œuvres. "Le Nouba qui se maquille", grande sculpture assise, est impressionnant dans la petite salle réservée au sculpteur sénégalais. Ousmane Sow l'avait vendu en 1984. Elle a pu être rachetér par un de ses amis lors d'une vente aux enchères à New York. Trois "Petits Noubas" en bronze l'accompagnent, ainsi que des photos de Béatrice Soulé où peut admirer le geste du sculpteur. Deux films qu'elle a réalisés sur l'artiste"Ousmane Sow" et "Ousmane Sow, le soleil en face", seront projetés vendredi après-midi, et une table ronde sera proposée au public.
 
Né en 1935 à Dakar, Ousmane Sow a été kinésithérapeute pendant de nombreuses années, mais il sculptait depuis l'enfance. C'est en 1987 seulement que l'artiste est révélé au Centre culturel français de Dakar où il expose sa série des lutteurs Nouba. Il a alors plus de cinquante ans.
Ousmane Sow et son "Guerrier debout", série "Masaï"

Ousmane Sow et son "Guerrier debout", série "Masaï"

© Béatrice Soulé / Roger Viollet / ADAGP

Ousmane Sow, sculpteur des humains

Ousmane Sow célèbre les hommes, petits et grands, et en particulier les peuples africains (Nouba, Zoulou, Masaï, Peul) mais aussi aux Indiens d'Amérique (il recompose la scène de la bataille de Little Big Horn) en imaginant des personnages imposants, légèrement plus grands que nature, façonnés dans une matière dont il garde la composition secrète. Des personnages qui s'inspirent de l'histoire ou de l'ethnologie.
 
S'il est exposé dès 1989 à Marseille et à Bordeaux, s'il présente deux "Noubas" à la Documenta de Cassel en 1992 et deux sculptures en 1995 à Venise, c'est en 1999 seulement qu'il triomphe à Paris, sur le pont des Arts. A cette époque il réalise des bronzes dont certains ont été installés dans des villes de France et à Genève. Une "Maison Ousmane Sow", imaginée par l'artiste comme une œuvre d'art pour accueillir ses œuvres, sera inaugurée en mai à Dakar, lors de la prochaine Biennale.
 
En 2013, Ousmane Sow était entré à l'Académie des Beaux-Arts : il avait créé le pommeau de sa propre épée, représentant un Nouba faisant un saut dans le vide.

A l'occasion d'AKAA, le maire du 3e arrondissement, Pierre Aidenbaum, a annoncé que la ville de Paris allait acquérir une oeuvre de l'artiste sénégalais pour l'implanter dans l'espace public.