Affaire des faux meubles Jean Prouvé : non lieu requis pour le marchand d'art Eric Touchaleaume

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/12/2017 à 12H44, publié le 03/12/2017 à 12H32
Eric Touchaleaume en mai 2017.

Eric Touchaleaume en mai 2017.

© Alexandre MARCHI/PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP

La presse anglophone le surnomme "l'Indiana Jones du meuble design" : Eric Touchaleaume. Le parquet de Paris a requis un non-lieu à l'encontre de ce marchand d'art parisien accusé par trois galeristes d'avoir vendu de faux meubles du créateur Jean Prouvé.

C'est une affaire qui empoisonne depuis neuf ans le milieu feutré du marché de l'art : Eric Touchaleaume, surnommé "l'Indiana Jones du meuble design" outre-Manche, a été mis en examen en mai pour "contrefaçon des oeuvres de l'esprit", "faux et usage de faux" et "tromperie sur les qualités substantielles de la marchandise". Mais, le 27 novembre, le parquet de Paris a demandé l'abandon des poursuites à son encontre, d'après des sources qui confirment une information du Parisien.

La plainte déposée en 2009

A l'origine du litige, une vente en avril 2008 chez Artcurial lors de laquelle Patrick Séguin, Philippe Jousse et François Laffanour achètent deux fauteuils et une table à Eric Touchaleaume pour 213.000 euros. Les quatre hommes, qui détiennent un quasi-monopole sur le marché Prouvé, ont longtemps collaboré. Mais leurs relations se sont dégradées au fur et à mesure que la cote de l'architecte, mort en 1984, s'envolait. Certaines pièces ont récemment été adjugées plus d'un million d'euros.

Un expert désigné par le trio conclut à des faux et ils déposent plainte en avril 2009, entraînant l'ouverture d'une enquête. Dans son réquisitoire, dont l'AFP a eu connaissance, le parquet estime difficile de se prononcer sur l'authenticité des pièces "en raison de la nature de la production de Jean Prouvé qui se considérait lui-même comme un industriel".

Même s'il s'était agi de faux, le parquet estime que rien ne dit que Touchaleaume le savait

Et même s'il s'avérait qu'il s'agissait de faux, les investigations n'ont pas établi que le marchand d'art en avait connaissance, relève le ministère public, qui ajoute que ses concurrents sont "des professionnels, amateurs de l'oeuvre de Prouvé", donc "capables d'apprécier la qualité des meubles" lors de leur acquisition. "Le parquet confirme ce qu'Eric Touchaleaume clame depuis plus de sept ans", s'est félicité son avocat, Antoine Vey. "Cette procédure ne repose donc plus que sur les seules accusations des trois galeristes, proférées afin de ruiner la réputation de mon client et l'écarter du marché", a-t-il ajouté.

Sollicité par l'AFP, Christian Beer, avocat des plaignants, dénonce quant à lui la volte-face du parquet. "Il avait requis la mise en examen d'EricTouchaleaume en mai. Il préconise aujourd'hui, sans acte nouveau, le prononcé d'un non-lieu, et ce malgré les nombreux témoignages, preuves scientifiques, historiques et esthétiques recueillis tout au long de l'instruction", a déploré l'avocat.

Dans cette affaire, deux chineurs, qui ont initialement vendu les pièces à Touchaleaume, sont également mis en examen. Le parquet a requis le renvoi en procès de l'un d'entre eux, soupçonné d'avoir falsifié trois photos et une lettre de Jean Prouvé d'avril 1958. Il appartient désormais à la juge d'instruction Aude Buresi de rendre un non-lieu à l'encontre d'Eric Touchaleaume ou, au contraire, de décider de le renvoyer devant le tribunal correctionnel.