Biens volés aux juifs : la restitution jugée inefficace par un rapport

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/04/2018 à 18H49, publié le 03/04/2018 à 18H41
Restitution d'un triptyque flamand à Henrietta Schubert et Chris Bromberg, héritiers du propriétaire spolié pendant la 2de Guerre mondiale, en février 2018.

Restitution d'un triptyque flamand à Henrietta Schubert et Chris Bromberg, héritiers du propriétaire spolié pendant la 2de Guerre mondiale, en février 2018.

© ALAIN JOCARD / AFP

Un rapport remis à la ministre de la Culture Françoise Nyssen critique la politique de restitution des biens culturels spoliés pendant la 2e Guerre mondiale et préconise qu'elle soit confiée à un service spécifique. Les conclusions de ce rapport constatent l’inefficacité et le manque d'ambition du service en l’état actuel.

40 ans d’inaction

Ce document souligne que "le nombre, devenu canonique, de 2.000 œuvres MNR (Musées nationaux récupération) ne diminue pas". 2.108 objets sont concernés, dont 2.008 biens culturels sans propriétaire identifié. Il y en avait  2.143 il y a 17 ans au moment de la mission Mattéoli sur la spoliation des juifs pendant l'Occupation, selon le rapport remis il y a environ deux semaines.

"L'État, et les musées nationaux en particulier, ‘paient’ en effet l'inaction de 40 années", estime David Zivie, auteur du rapport commandé par l'ex-ministre de la Culture Audrey Azoulay. Selon lui, "l'action actuelle est insuffisante, en raison de son manque de coordination, de pilotage et de visibilité".

Créer un nouveau service

"Afin de progresser plus nettement dans la connaissance des œuvres MNR et de lancer véritablement les recherches d'éventuelles œuvres spoliées dans les collections publiques, il est nécessaire que l'État dispose d'un service dont ce soit la mission propre", affirme ce haut fonctionnaire. Il "suggère de confier le traitement de tous les dossiers à un nouveau service de la Commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations (Civs)". Ce service serait assisté d'un conseil d'experts.

Autre suggestion, les œuvres qui n'auraient pas été restituées à l'issue de la période de recherche intensive seraient affectées administrativement au musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme.

Constituer un modèle pour d’autres dossiers

Quelque 60.000 œuvres et objets, considérés comme des biens spoliés ou vendus sous la contrainte, ont été récupérés en Allemagne et renvoyés en France. Les deux tiers d'entre eux, environ 45.000, ont été restitués à leurs propriétaires avant 1950. La plupart des autres pièces ont été vendues par le service des Domaines, à l'exception de quelque 2.000 œuvres, sélectionnées par des commissions spécialisées et confiées à la garde de musées français en raison de leur qualité artistique.

Au passage, le rapport note que la politique de restitution des biens MNR "pourra aussi constituer un modèle, ou du moins une base de travail, pour les autres dossiers de revendication et de restitutions qui portent sur d'autres géographies, d'autres chronologies, mais qui concernent les musées français".

Emmanuel Macron a confié à deux experts culturels la mission d'étudier la restitution à des pays africains d'œuvres d'art actuellement en France. Ces deux personnalités, l'historienne d'art Bénédicte Savoy, et l'écrivain et universitaire sénégalais Felwine Sarr, devront rendre leur avis d'ici à novembre.