Patrimoine : faut-il restaurer à tout prix ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/04/2015 à 18H41
L'incendie de janvier 2003 au Château de Lunéville (Meurthe-et-Moselle)

L'incendie de janvier 2003 au Château de Lunéville (Meurthe-et-Moselle)

© Dominique Grandemange/AFP

Faut-il restaurer tout notre patrimoine ? Entre monuments partiellement dégradés et édifices totalement disparus, le débat anime plusieurs communes à travers la France.

Pour ou contre la restauration de notre patrimoine ? Si a priori la réponse semble évidente, en réalité elle l'est beaucoup moins.

Depuis plusieurs années, les élus des villes et communes françaises font des pieds et des mains pour débloquer des fonds destinés à la reconstruction d'édifices historiques. Des projets bien souvent onéreux que l'Etat ne semble pas prêt à financer.

Si la restauration de bâtiments dégradés au cours des dernières décennies fait consensus, la rénovation de monuments disparus depuis parfois plus de deux siècles ne convainc pas les institutions. Une guerre du patrimoine illustrée en trois exemples.

Reportage : N. Lemarignier / D. Fossard / D. Bonnet / M. Laporte

https://videos.francetv.fr/video/NI_159783@Culture

La Basilique de Saint-Denis

Depuis mars 2013, la commune de Saint-Denis a affiché sa volonté de reconstruire la flèche de sa basilique, une tour bâtie en 1219 qui culminait à 86 m.

Détruit par la foudre en 1837, cet édifice a été reconstruit sous l'impulsion de l'architecte François Debret en 1849. Une initiative infructueuse puisque les intempéries eurent raison une nouvelle fois de la tour ; Debret préféra démonter le monument et mis les pierres à l'abri dans les jardins de la basilique. 

Aujourd'hui, la reconstruction de la flèche de Saint-Denis est "un projet patrimonial, mais aussi éducatif et culturel" pour Patrick Braouezec, Président de la communauté d'agglomération plaine commune. Une entreprise titanesque qui avoisinerait les 50 millions d'euros, une somme exorbitante que les défenseurs de la flèche devraient avoir du mal à rassembler.
 
Le Palais des Tuileries 

C'est la reine Catherine de Médicis qui ordonna en 1594 la construction du palais parisien. Résidence de nombreux souverains au cours des siècles, l'édifice fut incendié par des communards en 1871, durant la "Semaine sanglante".

Partiellement détruit, ce n'est que 12 ans plus tard que la Chambre des députés décide d'abattre entièrement le monument. Plusieurs éléments des Tuileries vont être récupérés puis disséminés à travers l'Europe.

Depuis 2002, un Comité National pour la reconstruction des Tuileries fait pression sur l'Etat et la Ville de Paris pour reproduire à l'identique le palais. Un projet estimé à plus de 300 millions d'euros auquel les institutions sont fermement opposées. Pour Jean-Pascal Lanuit, directeur régional des affaires culturelles en île-de-France, la reconstruction du palais n'est pas à l'ordre du jour : "Un monument on doit le présenter avec sa vie, c'est à dire avec les bonheurs et les malheurs qu'il a rencontrés". 

Le château de Lunéville en Meurthe-et-Moselle

En 2003, le château de Lunéville érigé au 18e siècle est ravagé par un incendie accidentel. Dès lors, des artisans et bénévoles se mobilisent pour reconstruire à l'identique et avec les techniques d'origine la bâtisse.

Un chantier étalé sur 20 ans et qui s'autofinance en partie grâce à son ouverture au public. Une recette qui semble porter ses fruits puisque le château a accueilli 320 000 visiteurs l'an dernier, contre seulement 60 000 avant les travaux.