Jean Prouvé : 12 maisons de l'architecte humaniste exposées à la fondation Luma d'Arles

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/12/2017 à 16H22, publié le 19/12/2017 à 14H58
Intérieur d'une maison Prouvé

Intérieur d'une maison Prouvé

© PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP

Douze maisons préfabriquées et démontables, créées entre 1939 et 1969 par le constructeur et designer Jean Prouvé, sont exposées à la fondation Luma à Arles, la plus importante présentation en un même lieu de ces constructions provisoires.

Préférant se définir comme un "constructeur" plutôt qu'un architecte, Prouvé voulait bâtir "des maisons en grande série comme Citroën l'a fait pour l'automobile" pour loger, disait-il, les "millions de sans-logis" de l'après-Seconde guerre mondiale.

Des maisons de crise

Au moment où "l'Europe fait face à une crise migratoire majeure, la notion d'habitat d'urgence relève d'une grande actualité", dit Maja Hoffmann, fondatrice et présidente de la fondation Luma, à Arles. Baraquement militaire, école, habitation, station service, les maisons de Jean Prouvé étaient destinées à être construites à échelle industrielle, à 2.000 ou 3.000 exemplaires. Elles obéissaient à trois impératifs : une construction rapide en quelques heures, effectuée par une ou deux personnes, démontable et transportable. "Elles sont toutes sur le même modèle. Quand vous en avez compris un, vous les avez compris tous", dit l'architecte américain Mark Wigley, spécialiste de Jean Prouvé.

Reportage : P. Germain / O. Bouillon / C. Perrin / A. Bergey
Prouvé "fait le contraire d'une maison normale : au lieu de monter d'abord le mur puis faire le toit, on n'a pas de murs", précise Mark Wigley. La maison s'ordonne autour d'un support central métallique, les murs "sont juste des panneaux pour protéger des intempéries", explique l'architecte.

La maison des jours meilleurs

A la fondation Luma, deux maisons sont à l'extérieur, à proximité de la tour en construction de l'architecte Franck Gehry : le prototype créé pour Ferembal, une entreprise d'emballage de Nancy datant de 1948, et l'école de Villejuif construite en 1957. Dix autres sont présentées à l'intérieur de la grande halle de la fondation, dont la célèbre "maison des jours meilleurs", commandée par l'abbé Pierre pour abriter des sans-abris après le terrible hiver 1954. La maison n'a jamais été construite, restant à l'état de prototype. Une cheminée servait à la fois pour extraire les vapeurs de l'espace salle de bains, situé au milieu de l'habitation, et les fumées de la cuisine qui lui est contigüe. Non conforme diront les services d'homologation qui la refuseront.

Prouvé "ne cherchait pas à ce que son nom soit cité dans les magazines, mais que son expérimentation perdure", précise encore Mark Wigley pour lequel Prouvé "a la signature esthétique la plus forte de tous les designers du XXe siècle".