Fréquenter stars et inconnus en visitant le Père-Lachaise

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 03/11/2013 à 11H59
L'une des tombes du cimetière du Père-Lachaise

L'une des tombes du cimetière du Père-Lachaise

© EBERHARD GRAMES / BILDERBERG

S'il est un cimetière qui n'attend pas la Toussaint pour connaitre une fréquentation assidue, c'est bien celui du Père-Lachaise. Cette nécropole recèle des richesses insoupçonnées. Entre les tombes de vedettes et de célébrités, les chapelles individuelles remarquables et les mausolées célébrant des morts inconnus, il est possible de suivre des visites guidées ou d'aller au hasard dans les allées.

Chaque année, deux millions de vivants viennent déambuler parmi les quelque soixante-dix mille tombes serrées sur les presque quarante-quatre hectares que compte la nécropople la plus visitée du monde. C'est qu'on y croise du beau linge.
Au hasard de la promenade, ou en suivant un plan, voire un guide, on "tombe" sur Edith Piaf qui repose aux côtés de son dernier mari, Théo Sarapo, sur Marie Trintignant, voisine de Gilbert Bécaud et de Sophie Daumier. On s'aperçoit que Pierre Desproges a presque vue sur le mausolée de Frédéric Chopin, que les amoureux Héloïse et Abélard occupent un coin charmant du cimetière, que Molière et La Fontaine se cotoient alors que le prince des lieux, Jim Morrison, le chanteur des Doors mort à Paris en 1971, attire toujours des fans du monde entier.

Restes prestigieux
Qui se rappelle que 200 000 personnes accompagnèrent ici Pierre Overney militant gauchiste assassiné en 1972, désormais aligné dans une allée parmi les anonymes et entré dans l'immortalité justement par sa mort ? Il faut être intéressé par l'occultisme pour comprendre pourquoi le buste d'un certain Allan Kardek, théoricien du spiritisme, fait l'objet d'un véritable culte, qu'on vient sans arrêt le toucher et y déposer des bouquets. On croise Yves Montand qui a rejoint Simone Signoret et qu'on ne viendra plus déranger, Pierre Brasseur est là, et Cambacérès, Oscar Wilde et Achille Zavatta, Merleau-Ponty et Petrucciani, Stéphane Grappelli, Maria Callas et Bruno Coquatrix, le colonel Fabien, Pierre Dac, Balzac ou Beaumarchais... Et les jours d'obsèques, il est même possible de croiser de nombreuses personnalités bien vivantes venues accompagner l'un ou l'une des leurs à ce qu'il est convenu d'appeler sa dernière demeure. Le public ne s'y trompe pas qui vient en masse lors de ces événements parfois aussi mondains que mortuaires.

Reportage: J. Beckrich, R. Settar, C. Baume, A. Gidon

https://videos.francetv.fr/video/NI_139701@Culture

Légendes
Des légendes s'ancrent bien sûr dans ce lieu hors du commun. On y raconte qu'à certaines époques on entend des bruits dans les tombes selon une diagonale précise et que des corps exhumés auraient été retrouvés couchés sur le ventre, On y aurait vu des femmes chevaucher les gisants de Victor Noir (journaliste tué par un parent de Napoléon III, à l'âge de 21 ans) et de deux frères aérostiers, pourvus de renflements évocateurs à l'entrejambe. Ce geste ayant, selon certains, des vertus contre la stérilité.

Vert et aéré
La promenade un beau jour d'automne ou de printemps n'a rien de macabre. Le cimetière du père Lachaise qui tient son nom du confesseur de Louis XIV, est l'un des plus vastes espaces verts de la capitale. Des familles viennent ici promener les enfants. On y croise nombre d'oiseaux et de chats nourris par des mains généreuses entre les chapelles. On peut s'y asseoir entre deux tombes et passer une heure à lire ou méditer. Le hasard de la promenade offre de véritables tableaux de naufrage sur des tombes malmenées par les racines des arbres immenses, ouvertes, défoncées, prêtes à sombrer et offrant parfois une vue directe sur des os oubliés. Plusieurs tombes ou mausolées sont ici classés aux Monuments Historiques. Lieux de vie autant que de mort, le cimetière du Père-Lachaise se prête à la réflexion comme à la balade entre amis et même entre amoureux. On chuchote d'ailleurs qu'il se passe régulièrement dans les chapelles, à l'abri du regard, des unions fugaces faisant appel autant à Eros qu'à Thanatos.