La mort d'Isao Takahata, maître japonais de l'animation

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 06/04/2018 à 10H19, publié le 06/04/2018 à 09H26
Isao Takahata - Locarno 060809 © Martial Trezzini / Epa / MaxPPP

Le réalisateur japonais de films d'animation Isao Takahata, cofondateur du studio d'animation Ghibli et connu pour "Le tombeau des lucioles", est mort à l'âge de 82 ans, a confirmé vendredi le studio.

Le studio a précisé dans un communiqué qu'Isao Takahata était mort dans les premières heures de la journée de jeudi dans un hôpital de Tokyo des suites d'un cancer du poumon.

Né le 29 octobre 1935 dans l'actuelle Ise, préfecture de Mie, à 450 kilomètres au sud-ouest de Tokyo, Isao Takahata a débuté sa carrière aux studios d'animation Toei en 1959. C'est là qu'il a rencontré Hayao Miyazaki, avec lequel il a pendant longtemps collaboré étroitement, notamment pour des séries diffusées à la télévision.

Il avait fondé un studio avec Hayao Miyazaki, son cadet

Réalisateur engagé, passionné de littérature française et notamment de Jacques Prévert, Isao Takahata avait créé en 1985 le studio japonais d'animation Ghibli avec Hayao Miyazaki, son cadet, complice et parfois aussi rival. Il s'est d'abord fait un nom avec "Le tombeau des lucioles" (1988), histoire à pleurer de deux orphelins durant la guerre, que beaucoup considèrent comme son plus grand film.
Cette œuvre déchirante lui a été inspirée par sa propre expérience, enfant, du bombardement par les Américains de la région d'Okayama où il vivait en 1945. Terrifié, il avait fui pieds nus en pyjama avec une de ses sœurs, avait-il raconté dans un entretien accordé en septembre 2015 au quotidien de langue anglaise Japan Times.

Le dessin animé révèle dès le début la mort du garçon Seita et de sa petite soeur Setsuko. "Il est traumatisant pour les spectateurs de voir la vie de deux êtres heureux se détruire et de les voir mourir. J'essaye d'alléger la souffrance de mon public en révélant tout dès le départ", avait-il expliqué.

Marqué par la guerre

Il avait aussi avoué ses remords de s'être contenté d'un sourire gêné lorsqu'il avait retrouvé sa mère après le bombardement, des regrets qui lui ont inspiré Heidi, fille des Alpes, "au caractère insouciant" : "Ce qu'un enfant devrait être, ce que je n'ai pas pu être." Cette expérience de la guerre l'a aussi poussé à s'engager contre toute volonté d'amender l'article 9 de la Constitution pacifiste du Japon, qui stipule que "le peuple japonais renonce à jamais à la guerre".

Il est également l'auteur de "Pompoko" (1994), Cristal du meilleur long métrage au festival d'Annecy il y a deux décennies, et de "Mes voisins les Yamada" (1999). Plus récemment, il avait mis en images "le Conte de la Princesse Kaguya", une redécouverte de ce classique du répertoire nippon qui lui a valu une nomination en 2015 dans la catégorie du meilleur film d'animation aux Oscars. Il avait annoncé que ce serait là son ultime réalisation.
Bande-annonce du film "Le Conte de la princesse Kaguya" d'Isao Takahata (2013)
Sorti au Japon en novembre 2013, ce film est l'adaptation d'un conte populaire datant du Xe siècle, considéré comme l'un des textes fondateurs de la littérature japonaise. Empreint d'une infinie poésie, l'œuvre tisse son intrigue et déroule les émotions de ses personnages, dessinés au fusain, dans un décor aux tons pastels qui évoque l'aquarelle. Il avait été projeté en ouverture du Festival international du film d'animation d'Annecy de 2014.

Un cinéaste japonais très francophile

La 36e édition du festival d'Annecy, considéré par les professionnels comme l'épicentre mondial du cinéma d'animation, avait rendu un hommage appuyé au réalisateur japonais, lui décernant un Cristal d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.

En 2015, Takahata avait été élevé à Tokyo au grade d'officier de l'Ordre des Arts et des Lettres, une reconnaissance d'un travail artistique hautement apprécié en France. "La France est le pays où j'ai le plus voyagé et je suis des plus heureux d'être décoré par la nation dont je me sens le plus proche", s'était-il réjoui dans son discours d'acceptation.

"Isao Takahata vient de disparaître. Et nous voilà bien seuls", a réagi dans un tweet la Cinémathèque française.

Le quotidien Asahi Shimbun précisait vendredi que les obsèques auraient lieu prochainement dans l'intimité avant une cérémonie de plus grande envergure le 15 mai.