Wilson/Baryshnikov/Dafoe, le trio gagnant de "The Old Woman"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/11/2013 à 15H43
 The Old Woman

 The Old Woman

© Lucie Jansch

The Old Woman de Bob Wilson est présentée au Théâtre de la ville dans le cadre du Festival d’automne. Un spectacle foisonnant, tiré de l’œuvre grinçante et absurde du dramaturge russe Daniil Harms (ou Kharms), servit par deux interprètes de haut vol, Mikhail Baryshnikov et Willem Dafoe.

Ils surgissent grimés comme des clowns à la façon des Semianyki. Facétieux comme des elfes, inquiétants aussi. Mikhail Baryshnikov et Willem Dafoe sont les deux faces d’un même personnage, un romancier qui cherche en vain à se débarrasser d’un cadavre.
Mikhail Baryshnikov et Willem Dafoe

Mikhail Baryshnikov et Willem Dafoe

© Lucie Jansch
 
Harms (victime du stalinisme à l’âge de 36 ans) n’a pas son pareil pour disséquer la Russie éternelle et désemparée. Avec ces vieilles dames qui tombent par les fenêtres, ces faiseurs de miracles qui n’en font jamais ou ces horloges sans aiguilles qui donnent l’heure.
 
Mise en scène, décors et lumière de Robert Wilson

Mise en scène, décors et lumière de Robert Wilson

© Lucie Jansch
Dans cet univers à la limite du fantastique, Dafoe est stupéfiant de présence et de nuances. Barysnikov, aérien, joue de tout son corps même lorsqu’il est parfaitement immobile, acteur et danseur aux plein sens du terme. « Travailler avec Bob n’est pas une tâche aisée…confie le danseur. Vous êtes acteur de film muet, et l’instant d’après, vous devenez comédien de vaudeville ou interprète de théâtre Nô. »
 
Pas de meilleur résumé du spectacle que nous offre Bob Wilson, plus libre que jamais, piochant dans tous les registres et puisant dans sa boite de Pandore des couleurs vives, des formes naïves d’animaux, des esquisses de meubles de guingois, un train en néons.
 La boite de Pandore de Bob Wilson

 La boite de Pandore de Bob Wilson

© Lucie Jansch
 
Il y a aussi ces fragments de texte de Harms repris en de multiples variations (dans l’original russe et dans sa traduction anglaise). Quelle douceur dans ces mots russe quand ils sont portés par Baryshnikov et qu’ils s’opposent à l’anglais martial et martelé de Willem Dafoe. Et cette bande-son incroyable ponctuée de claquements et autres bruits étranges du quotidien, qui sont la marque de fabrique des spectacles de Wilson.
 
Folie du monde ou des personnages, on ne sait jamais très bien. Mais on perçoit la solitude, la révolte, les rêves brisés, le désespoir amer d’une époque. Loin de nous proposer, comme cela a pu lui arriver, un spectacle d’une beauté sublime mais aux limites du gratuit, Wilson avec ses deux merveilleux complices, nous fait entrer dans l’univers d’un auteur inconnu et attachant : c’est du Harms, c’est du Dafoe, c’est du Wilson, c’est du Baryshnikov, c’est pendant une heure et demie un rêve éveillé avec des gouttes de fascinant cauchemar.
Willem Dafoe

Willem Dafoe

© Lucie Jansch


The Old Woman au Théâtre de la Ville
2 Place du Châtelet, Paris IVe
01 42 74 22 77
Jusqu'au 23 novembre 2013

 

Baryshnikov parle de "The Old Woman" (en anglais)