Une création du Japonais Satoshi Miyagi pour les dix ans du Quai Branly

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/06/2016 à 17H11
Satoshi Miyagi au musée du Quai Branly, pendant la préparation de la création du spectacle "Le lièvre d'Inaba et des Navajos" (3 juin 2016)

Satoshi Miyagi au musée du Quai Branly, pendant la préparation de la création du spectacle "Le lièvre d'Inaba et des Navajos" (3 juin 2016)

© Jacques Demarthon / AFP

Il avait créé un "Mahabharata" enchanteur pour l'inauguration du musée des Arts premiers du Quai Branly en 2006. Dix ans plus tard, Satoshi Miyagi est fidèle au rendez-vous pour l'anniversaire de l'institution, avec une légende symbole de métissage culturel, "Le lièvre blanc d'Inaba et des Navajos".

Dans une rencontre avec l'AFP, Miyagi, maître de 57 ans à la frêle stature et au regard malicieux, met tout de suite les points sur les "i" : "Les mythes japonais ont souvent été utilisés par la cause nationaliste. Mais il n'y a jamais une origine unique à une culture, elle est le fruit d'hybridations, et c'est le message important que le musée du Quai Branly transmet au monde." Et de souligner : "On doit dépasser les nationalismes."

"Le Lièvre blanc d'Inaba et des Navajos" : bande-annonce

Le mythe du lièvre blanc, relaté dans le Kojiki, recueil des mythes fondateurs du Japon terminé au 8e siècle, se nourrit de correspondances avec les mythes amérindiens de l'Oiseau Tonnerre. Satoshi Miyagi s'est plongé dans les écrits posthumes de Claude Lévi-Strauss sur le Japon ("L'autre face de la lune"), où il établit des correspondances entre certains mythes asiatiques et amérindiens.

Un réservoir commun aurait circulé de l'Indonésie à l'Alaska à l'époque des grandes glaciations. "Ce qui m'intéresse, c'est l'acclimatation d'une légende dans différents territoires, du pays du riz (Le Japon) au pays du maïs (l'Amérique)", sourit Satoshi Miyagi.

Un conte alliant théâtre, danse et musique

Avec ses masques magnifiques, ses costumes et percussions, le théâtre de Satoshi Miyagi se prête particulièrement au conte. Son "Mahabharata" plein d'une grâce fragile, avec ses costumes de papier, avait enchanté le Festival d'Avignon dans le cadre en plein air de la Carrière de Boulbon en 2014.

Sa compagnie, basée au pied du Mont Fuji (Shizuoka Performing Arts Center) propose des oeuvres "totales", mariant le texte, la danse et la musique, avec de somptueux costumes et masques dans la tradition de l'époque Heian du 9 au 12e siècle.

"Au Japon, les comédiens sont aujourd'hui surtout formés au théâtre contemporain et apprennent peu les expressions corporelles", explique le metteur en scène. "J'aime restituer un théâtre primitif, dans lequel le jeu de l'acteur, la danse et la musique ne sont pas séparés."

Le spectateur plonge avec délices dans l'histoire d'Okuninushi et de ses 80 demi-frères, en route pour Inaba où chacun d'entre eux espère épouser la princesse Yagami-hime. Okuninushi, traité en serviteur par ses demi-frères, est le seul à porter secours à un malheureux lièvre blanc blessé sur la route, qui lui prédit qu'il sera vainqueur du coeur de la princesse.

Un travail collaboratif avec les acteurs

Pour la première fois, Satoshi Miyagi a travaillé de manière collaborative avec ses acteurs, répartis en petits groupes de 4 ou 5 comédiens pour travailler chaque épisode. "Je voulais retrouver l'esprit des contes et des danses populaires, où il n'y a pas un seul auteur mais le travail de gens qui n'ont pas laissé leur nom."

En tout, 27 comédiens-danseurs-musiciens occupent la scène, avec des percussions de tous horizons (gamelan, djembé ...).

La création, représentée en mai à Shizuoka, a été finalisée au cours d'une résidence au Quai Branly et est donnée du 9 au 19 juin à Paris avant une tournée, espère Miyagi. Le "Mahabharata", qui employait 27 comédiens et 42 personnes au total, a voyagé au Japon, en France, en Indonésie et en Russie.

"Le lièvre d'Inaba et des Navajos"
Musée des Arts Premiers du Quai Branly
9-19 juin 2016
37, Quai Branly, Paris 7e
Réservations au 01 56 61 71 72 ou sur le site du musée