Théâtres : les succès ne cachent pas la crise

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/12/2011 à 10H52
Le théâtre du Châtelet à Paris

Le théâtre du Châtelet à Paris

© LOIC VENANCE/AFP

Les théâtres publics font salles combles mais subissent la stagnation des subventions ; les privés connaissent une saison difficile avec une fréquentation à la baisse : la crise frappe différemment les salles de spectacles mais leurs directeurs manifestent tous la même inquiétude.

Splendeur et misère
"On avoisine presque les 100% de taux de remplissage sur tous les spectacles depuis la rentrée et un chiffre record d'abonnés", se félicite Pierre-Yves Lenoir, administrateur du théâtre national l'Odéon-Théâtre de l'Europe à Paris. "2010-2011 est la meilleure saison historique depuis 1968", renchérit Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville à Paris, subventionné par la mairie.

Le Festival d'automne à Paris, présenté dans 30 théâtres parisiens et de banlieue, a connu un taux de remplissage de 89%, selon ses organisateurs.

Mais ces succès sont contrebalancés par des subventions en stagnation face à des frais fixes qui augmentent, selon Pierre-Yves Lenoir, pour qui ce coup de ciseau a fait baisser de 34% en 5 ans les moyens de production de l'Odéon.

Certains innovent, comme les Bouffes du Nord, qui ont ouvert la voie du mécénat. Le principe : un traitement VIP pour les spectateurs qui donnent 3.000 euros (dont 1.000 euros déductibles des impôts) pour financer un opéra.

Le théâtre privé, lui, vit des moments difficiles avec un début de saison mitigé, après une année de disette en 2010. "Là, on serait plutôt dans l'inquiétude", confie Marie-France Mignal, présidente de l'Association pour le soutien du théâtre privé (ASTP).

Le modèle économique du théâtre privé est, il est vrai, plus fragile et, pour être rentable, une pièce doit être jouée très longtemps. Pas de chance pour le Théâtre Hébertot par exemple, qui a dû faire tomber le rideau sur "Youri", malgré la présence de Jean-Paul Rouve. Idem au Théâtre de l'Oeuvre, qui a arrêté "Entre deux Ils".
 

Le privé en crise
La crise est montrée du doigt : le spectateur du privé doit aussi payer le vestiaire, donner un pourboire à l'ouvreuse et ne peut pas bénéficier des abonnements proposés dans les théâtres publics. Le prix moyen d'un billet est d'environ 31 euros dans le privé et autour de 14 à 18 euros avec un abonnement dans les théâtres publics.

Le beau temps du début d'automne est aussi invoqué, tout comme les grèves des transports, sans oublier "le discours des médias négatif à notre égard et le pouvoir de l'audiovisuel pour dissuader les gens de sortir", recense Marie-France Mignal.

Illustration de ce sentiment d'ostracisme : les théâtres privés ont décidé de boycotter la cérémonie des Molières, accusée notamment de faire la part trop
belle au public.

L'ASTP dénonce aussi la prolifération des petites salles qui "ne respectent rien", ni les mesures de sécurité, ni les pratiques tarifaires, et utilisent le besoin des acteurs de travailler pour les exploiter. "Pour nous, c'est un fléau. Le théâtre tue le théâtre. Nous avons alerté les pouvoirs publics et rien ne se passe", dénonce Marie-France Mignal.

A Paris, une cinquantaine de théâtres privés bénéficient quand même d'un petit coup de pouce de la mairie, mais cette aide a baissé de 664.000 euros en deux ans pour atteindre 2,9 millions d'euros, selon l'ASTP. A ceci s'ajoute une subvention de l'Etat de 3,5 millions d'euros, stable.

Pour parer les mauvais coups, les théâtres privés parisiens ont créé un mécanisme de régulation: ils versent une quote-part de leurs revenus à l'ASTP (6,8 millions d'euros en 2010), qui utilise ces fonds pour fournir des avances ou amortir les déficits. "Ainsi, les succès aident les échecs", explique Antoine Masure, délégué général de l'ASTP.