"Und" : Natalie Dessay fait ses premiers pas au théâtre seule en scène

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/05/2015 à 11H43
Natalie Dessay en répétition : "Und" création française de la pièce de Howard Barker, à Tours, mise en scène Jacques Vincey 

Natalie Dessay en répétition : "Und" création française de la pièce de Howard Barker, à Tours, mise en scène Jacques Vincey 

© Marie Pétry

Après 25 ans au firmament de l'art lyrique, du "Met" de New York à l'Opéra de Paris, la cantatrice Natalie Dessay change de partition : elle joue pour la première fois au théâtre la pièce "Und" de l'Anglais Howard Barker, du 26 mai au 5 juin.

Pour ses premiers pas, la soprano française la plus connue au monde n'a pas choisi la facilité : seule en scène avec le musicien Alexandre Meyer pendant une heure, elle va faire vivre un texte "âpre, pas évident du tout", selon le metteur en scène Jacques Vincey. "C'est une pièce énigmatique, il n'y a pas de point sur les i, elle offre de multiples interprétations possibles" reconnaît-elle.

Un vieux rêve

A 50 ans, la soprano réalise un vieux rêve : être actrice. "Bien sûr, j'ai peur, parce que c'est nouveau, que je ne l'ai jamais fait, que ce n'est pas un théâtre de divertissement aussi, les gens vont sûrement être déconcertés", confie-t-elle. "Und", le seul monologue écrit par Howard Barker, n'a été monté qu'une fois en France "très confidentiellement", et une fois seulement en Grande-Bretagne par son auteur lui-même, Howard Barker, raconte Jacques Vincey.

"C'est au départ une histoire très simple qui est résumée dans la première phrase du texte : une femme attend un homme." Ni le lieu ni le temps de la pièce ne sont spécifiés, mais un événement traumatique hante le texte : le génocide juif. La femme est juive, et amoureuse d'un homme que l'on soupçonne d'être nazi. Ce partenaire n'est pas présent sur le plateau mais se manifeste par des bruits inquiétants: cloches, verre brisé, porte enfoncée à coups de massue. "Ce n'est pas pour rien que Howard Barker a nommé lui-même son oeuvre "le théâtre de la catastrophe" rappelle Natalie Dessay.

"Je serai déshabillée, je n'aurai plus de cheveux"

L'atmosphère menaçante de la pièce est amplifiée par le décor, essentiellement composé de glace. "Il y a au-dessus du plateau 500 kg de glace suspendue qui va s'effondrer", décrit le metteur en scène. Natalie Dessay devra composer avec la glace fondue, mais aussi avec des "fluides sordides qui vont me dégringoler dessus", raconte-t-elle. "Je serai déshabillée, je n'aurai plus de cheveux, je serai dans un sale état à la fin. Je serai toujours droite dans mes bottes, mais à quel prix ! C'est une problématique qu'aborde souvent Barker : comment garder la face jusqu'au bout".

Jacques Vincey, qui dirige le Centre dramatique régional de Tours, a découvert la pièce grâce à son collaborateur Vanasay Khamphommala, spécialiste de Barker et traducteur du texte. "J'ai envoyé le texte à Natalie un peu comme une bouteille à la mer, et je dois dire que j'ai été surpris de son enthousiasme immédiat", raconte-t-il.

"Ce qui m'intéresse dans la vie, depuis toujours, c'est le texte" 

"La pièce m'a parlé", dit simplement la cantatrice. Au fil des répétitions, Jacques Vincey découvre "une interprète très intuitive, qui a un instinct du plateau". "Je la vois comme les très grandes interprètes s'envoler, prendre son autonomie", dit-il.

"Ce qui m'intéresse dans la vie, depuis toujours, c'est le texte", souligne Natalie Dessay. "A l'opéra, c'est toujours peu ou prou la même chose : la soprano aime le ténor, le baryton n'est pas content ! Je caricature à peine : on ne peut évidemment pas avoir un texte aussi riche à l'opéra parce que la musique prend une part extrêmement importante".

Menue et haute comme trois pommes, Natalie Dessay s'est taillé une place sur la scène lyrique mondiale grâce à sa voix exceptionnelle, combinant puissance et aisance dans les aigus, mais aussi par ses talents d'actrice, tant dans le registre tragique ("Lucia di Lammermoor") que comique ("La Fille du Régiment"). "D'ailleurs j'ai un projet de pièce drôle", lance-t-elle. "J'espère qu'on va réussir à faire un Feydeau en 2017".

 

"Und" Création à Tours du mardi 26 mai au vendredi 5 juin 2015 CDR de Tours – Théâtre Olympia

"Und" sera donné ensuite du 21 au 24 juillet au Théâtre de l'Athénée, dans le cadre de Paris Quartier d'été, puis en tournée en 2016 (Théâtre de la Ville/Abbesses du 29 avril au 14 mai).