Un homard coupé en deux sur scène : le spectacle est à Paris pour quelques jours

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/04/2015 à 11H06
Rodrigo Garcia, le directeur du Centre dramatique national de Montpellier

Rodrigo Garcia, le directeur du Centre dramatique national de Montpellier

© Pascal Guyot / AFP

"Accidens" fait des vagues à Paris, après avoir fait beaucoup parler d'elle en tournée. Cette performance où un acteur tranche un homard vivant en deux est du 14 au 18 avril à Paris et son metteur en scène Rodrigo Garcia se défend face à ses détracteurs.

A la première parisienne mardi, à la Ménagerie de verre, une spectatrice s'est levée pour tenter de décrocher le homard suspendu à un fil sur scène. Elle s'est bien vite rassise sous les invectives du metteur en scène,  fulminant. En Pologne aussi un spectateur était monté sur scène pour tenter de sauver le crustacé.
 
Car la pièce suscite l'indignation des défenseurs des animaux et une pétition a recueilli 30.000 sur internet.
 
Mais pour Rodrigo Garcia, la mise à mort d'un homard n'est nullement anecdotique. Il s'agit d'un "acte primitif" et d'"un retour à la nature : tuer un animal pour manger", explique-t-il. L'acte lui rappelle aussi "la noirceur d'un passé pas si éloigné en Argentine", la répression et la torture.
 
Rodrigo Garcia : "Vous êtes complètement idiots"
 
Des spectateurs quittent la salle, les autres contemplent en silence ce homard dont on entend battre le coeur grâce à un micro. L'acteur, la mine sinistre, décroche le homard au bout de très longues minutes et le pose soigneusement sur un plan de travail avant de le trancher proprement en deux et de la mettre sur le grill, où il tressaute un bon moment.
 
Né à Buenos Aires d'un père boucher et d'une mère marchande de légumes, Rodrigo Garcia a baptisé sa compagnie "La Carniceria Teatro" (la boucherie théâtre) et utilise régulièrement les animaux. Contempteur de la société de consommation, il estime que l'homme moderne a "oublié la relation des hommes et des animaux dans la culture".
 
Dans une lettre publiée sur son site, il s'adresse aux signataires de la pétition, qui "se laissent manipuler par des inconnus" et "diriger par le Dieu des réseaux sociaux": "Que ce soit clair dès la première ligne : vous êtes complètement idiots", leur lance-t-il.
 
Le homard mort "pour une cause poétique" ?
 
Les pièces de l'Argentin, directeur depuis janvier 2014 du Centre dramatique national de Montpellier, laissent rarement indifférent. En 2011, son "Golgota Picnic" avait soulevé la colère d'associations catholiques en France avant d'être purement et simplement annulé en Pologne.
 
Fin mars, le Théâtre Liberté de Toulon a reçu des menaces liées au spectacle "Et balancez mes cendres sur Mickey", une pièce où l'acteur plonge pendant dix secondes quatre hamsters dans un aquarium.
 
Dans sa lettre, Rodrigo Garcia remarque que les hamsters au sortir de l'eau sont "exactement dans le même état qu'avant, sauf qu'ils sont mouillés (...)  comme quand ils se promènent dans les égouts de la ville et qu'ils doivent nager si l'eau les emporte."
              
Quand au homard, il meurt "pour une cause poétique", contrairement aux  "cent mille homards" consommés chaque jour dans le monde "sur les tables des restaurants".