"Train Train", tragi-comédie de première classe à la Comédie Bastille

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 12/12/2016 à 10H34, publié le 11/12/2016 à 16H07
Aurélie BOQUIEN, David TALBOT, Gaëlle LEBERT, Sandrine MOLARO dans "Train Train" de David TALBOT

Aurélie BOQUIEN, David TALBOT, Gaëlle LEBERT, Sandrine MOLARO dans "Train Train" de David TALBOT

© Benoit Basset Photographe

Une gare, un train, trois voyageuses et un chef de train/contrôleur, en partance pour "Destination", avec escale à "Maturité". C’est le trajet de "Train Train", une pièce douce-amère écrite et interprétée par David Talbot, accompagné de trois comédiennes bien dans leurs escarpins ou… leurs moon boots, c’est selon. Un voyage en compartiment tueuses, aux antipodes d’une mortelle randonnée.

Train de vies

Normal que dans un train, le chef du convoi (David Talbot) accueille les voyageuses et commente à la Monsieur Loyal leur périple. Gaëlle Lebert, Aurélie Boquien, puis Sandrine Molaro se retrouvent dans un compartiment de 2nde classe sans se connaître. Elles vont tuer le temps, du trajet, mais aussi leur passé, voire plus si affinité. Bien dessinées, tant physiquement que psychologiquement, elles correspondent à une typologie féminine, sans pour autant tomber dans les clichés, alors que l’employé de la SNCF, tour à tour chef de train ou contrôleur ("C’est la casquette qui change tout"), voit bien à qui il a affaire, et s'arroge agent du destin.

Pour tuer le temps, elles tricotent, écoutent des vieux disques, chantent, dansent... Pour tirer un trait sur le passé, elles se confient, se dévoilent à chaque fois un peu plus, se lâchent, pour devenir assez intimes finalement, après une première froideur. Un train d’échanges, de confidences, puis de complicité instille une lassitude du présent, issue des déceptions cumulées, amoureuses, familiales, professionnelles... Les dialogues sont drôles, les mots fusent, pleins de justesse, flirtant parfois avec un surréalisme discret, puis assumé dans une scène de meurtre clownesque qui prête peu à conséquence, en pleine absurdité.
"Train Train" : l'affiche

"Train Train" : l'affiche

© Comédie Bastille

Aiguillage

Pendant ce temps, le train file, le monde défile. "E’pericoloso sporgersi", sous-titre de "Train Train", reprend la fameuse formule ferroviaire avertissant de ne pas se pencher au-dehors. Pour ne pas voir le monde en face ? Ce n’est effectivement pas sans danger. Dangereux pour soi-même, car ce monde peux vous revenir en face, en pleine poire. Et c’est bien ce qui arrive à ces trois jeunes femmes qui, à force de digressions, se retrouvent confrontées à elles-mêmes avec pour seule échappatoire le changement de voie. Une introspection que David Talbot rémène à trois questions : où allons-nous, pour quoi faire et surtout, avec qui ?

La pièce file comme un train dans la nuit, avec des silences qui participent du rythme et du rire. Car l’on rit beaucoup dans cette tragédie comique de l’existence, où les apparences sont trompeuses et où les masques ne cherchent qu’à tomber. Pour savoir qui l’on est, pour soi et pour les autres ; pour se libérer des codes, changer de quai. Gaëlle Lebert joue les divas de superette au lourd secret, Aurélie Boquien, une cruche qui en as sous le capot, et Sandrine Molaro, la bonne pâte revêche ; pendant que David Talbot, l’auteur, dirige tout ce petit monde, jusqu’à un certain point… de rupture. "TrainTrain" raccroche aux wagons du temps, de l’époque, du ressenti, dans la bonne voie, sans dérailler.