Michel Bouquet, immense et humble dans "A tort et à raison"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 05/03/2016 à 11H58
Michel Bouquet avec Francis Lombrail et Margaux Van den Plas

Michel Bouquet avec Francis Lombrail et Margaux Van den Plas

© Photo Lot

Depuis le 23 décembre, Michel Bouquet triomphe sur scène dans la pièce "A tort et à raison" mise en scène par Georges Weller au Théâtre Hébertot à Paris. Il incarne le compositeur Wilhelm Furtwängler accusé d’avoir continué à se produire sous le IIIe Reich. Un rôle sur mesure pour ce comédien de 90 ans qui n'imagine pas sa vie ailleurs que sur les planches.

En décembre 2011, Michel Bouquet annonçait qu’il ne monterait plus sur les planches : "J'ai 86 ans, je n'en peux plus, j'en ai marre. C'est une fatigue physique" disait-il à l’époque. Un an plus tard, il revenait sur sa décision, remontant sur scène pour jouer "Le Roi se meurt" de Ionesco. Depuis il n’arrête pas, pour le plus grand plaisir du public que le seul nom de Michel Bouquet sur une affiche suffit à faire déplacer. Démonstration devant le Théâtre Hébertot à Paris où se jusqu'au 30 avril "A tort et à raison" de Ronald Harwood.

Reportage : M. Vial / Y. Bodin / F. Menin / B. Richard
S’il monte sur scène avec un plaisir et une gourmandise intacts, Michel Bouquet préfère malgré tout reprendre des textes qu’il connaît déjà. C’est le cas avec "A tort et à raison" qu’il a déjà joué en 1999 avec Claude Brasseur sous la direction de Marcel Bluwal. Dans cette pièce de l’auteur anglais Ronald Harwood, il incarne un personnage bien réel, le compositeur allemand Wilhelm Furtwängler. La pièce le met face à une  une commission de dénazification, après la guerre. Face à lui, un officier américain traumatisé par la découverte des camps d'extermination qui reproche au compositeur d’avoir pactisé avec les nazis.
 
Michel Bouquert "A tort et à raison" © Photo Lot

Compositeur sous le régime nazi

Dans les années 20,  Wilhelm Furtwängler fut un chef d’orchestre mondialement connu et un brillant compositeur qui laissa plusieurs œuvres marquantes dont trois Symphonies et un Concerto symphonique pour piano et orchestre. Ce qu’on lui reproche ? Etre resté en Allemagne sous le régime nazi alors que la plupart de ses collègues ont émigré à l’étranger.
Wilhelm Furtwängler

Wilhelm Furtwängler

© DPA
Quand Hitler arrive au pouvoir en 1933, Furtwängler est le chef titualire de la Philarmonie de Berlin. Il a 46 ans, il ne s’occupe pas de politique. Il n’adhérera d’ailleurs jamais au Parti ni à la propagande nazi. Il a même sauvé des musiciens juifs en les aidant à émigrer. Malgré cela, en continuant à jouer sous le IIIe Reich, Furtwängler va s’attirer la haine de nombreuses personnes.

L’écrivain exilé Thomas Mann le traitera de « Laquais du Reich ». Après la guerre, c’est le temps de la dénazification : il sera au cœur d’une polémique intense, à la fois défendu par ses amis juifs mais fustigé par un lobby de musiciens (parmi eux Arthur Rubinstein et Wladimir Horowitz). Il devra renoncer à tout nouvel engagement aux États-Unis. Tragédie pour un compositeur, il perdra l’ouïe en 1952 et s’éteindra en 1954, suite à une infection pulmonaire,  à l’âge de 68 ans.
Affiche "A tort et à raison' © DR
"A tort et à raison"
Auteur : Ronald Harwood 
Adaptation : Dominique Hollier 
Metteur en Scène : Georges Werler 
Interprètes : Michel Bouquet ,  Francis Lombrail ,  Juliette Carré ,  Didier Brice ,  Margaux Van den Plas  et  Damien Zanoly