"Mademoiselle Julie" version sud africaine enfin donnée à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/04/2016 à 15H34
La pièce "Mies Julie" de Yaël Farber, adaptée de "Mademoiselle de Julie" d'August Strinberg.

La pièce "Mies Julie" de Yaël Farber, adaptée de "Mademoiselle de Julie" d'August Strinberg.

© Nikos Vourliotis

"Mies Julie", donnée au Théâtre des Bouffes du Nord jusqu'au 16 avril, crée l'évènement. Il s'agit de l'adaptation brûlante du classique du Suédois August Strindberg "Mademoiselle Julie" par Yaël Farber, dans l'Afrique du Sud contemporaine. Cette pièce tendue et puissante, magistralement interprètée, a déjà présentée et saluée dans le monde entier, sauf en France, depuis 2012.

Une adaptation incandescente

C'est la première fois qu'on voit en France le travail de la Sud-africaine Yaël Farber, née à Johannesburg en 1971, quand son pays vivait encore sous le régime de l'apartheid.

La pièce, puissante, interprétée par de magnifiques acteurs, atteint un rare niveau d'incandescence dans son exploration du désir et de la transgression chez Strindberg, rendus plus vibrants dans le contexte sud-africain.

La "Mademoiselle Julie" de 1888 - la fille des maîtres séduit le valet, qui l'accule ensuite au suicide - est propulsée en Afrique du Sud 23 ans après la fin de l'Apartheid, dans une ferme boer de la région semi-désertique du Karoo, où rien n'a vraiment changé.

Une version transposée dans l'Afrique du Sud d'aujourd'hui 

Julie, la fille des maîtres, a été élevée par une bonne noire, Christine, comme tant d'enfants blancs sud-africains, aux côtés du fils noir de celle-ci, John. John cire les bottes du maître. Au fond de la cuisine sont alignées les fameuses "gumboots" (bottes de caoutchouc) emblématiques du travail d'esclave des Noirs dans les mines.

Julie tourne autour de John, vibrante incarnation du désir. La mama noire, Christine, est là sans l'être vraiment, frottant le sol, dodelinant de la tête sur une chaise, pendant que se noue l'irrépressible histoire d'amour.

Derrière l'intrigue, c'est toute l'histoire sanglante de l'Afrique du sud qui émerge par vagues violentes: l'expropriation des terres par les Blancs, la domination, la brutalité des rapports humains, l'impossible réconciliation. L'atmosphère est électrique dans cette région brûlée du Karoo, où Christine attend vainement l'orage, la pluie apaisante qui ne vient jamais.
Un tableau de la pièce "Mies Julie" de Yaël Farber donnée aux Bouffes du Nord.

Un tableau de la pièce "Mies Julie" de Yaël Farber donnée aux Bouffes du Nord.

© Nikos Vourliotis

Une pièce "cocotte minute"

La pièce est une "cocotte minute", à l'image de l'Afrique du Sud d'aujourd'hui. "Nous avons tous si peur", dit Julie, alors qu'elle tente désespérément de convaincre John que leur amour est possible, qu'il suffit de partir, de laisser derrière soi le passé.

John et Julie s'aiment, mais trop de morts, de haine sont accumulés depuis des générations pour que leur amour n'avorte pas. Le passé réclame son dû. La mère pleure les ancêtres enterrés sous le plancher de la cuisine des maîtres tandis que Julie revendique fièrement les trois générations de boers ensevelis sous les saules.

"Bienvenue dans la nouvelle Afrique du sud où les miracles nous ramènent au point de départ", lance John le "kaffir" (équivalent de "nègre"). Yaël Baxter pose à travers "Mies Julie" la question de l'avenir à travers la nouvelle génération: sera-t-elle capable de réinventer sa propre histoire? "Je voulais vraiment que le public saisisse qu'une autre possibilité existe. Et je pense qu'elle existe fortement en Afrique du Sud", avait-elle confié lors de la création de la pièce, qui a été présentée dans le monde entier depuis 2012.