"Le convoi" : Dominique Vovk adapte au théâtre le récit de son père déporté

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/01/2017 à 16H17, publié le 04/01/2017 à 15H50
Le metteur en scène Dominique Vovk (au premier plan) et  le comédien Loïc Buisson qui incarne André Vovk.

Le metteur en scène Dominique Vovk (au premier plan) et  le comédien Loïc Buisson qui incarne André Vovk.

© France 3 Culturebox

"Le convoi", c’est le récit d’un père déporté adapté au théâtre par son fils. En 1971, André Vovk raconta son voyage à bord d’un convoi de la mort à la fin de la Seconde guerre mondiale. En 2015, son fils, le metteur en scène Dominique Vovk, a créé un spectacle âpre et dérangeant qui sera de passage le 14 janvier au Théâtre Municipal de Grenoble.

"Le convoi", c’est l'histoire d' André Vovk, un jeune engagé volontaire capturé en 1943 alors qu'il partait en Angleterre et qui fut interné deux ans au camp de concentration de Buchenwald sous le matricule 21 335. Le 7 avril 1945, avec plus de 4000 détenus, il embarqua dans un train en direction de Dachau. Le voyage dura trois semaines et se transforma en calvaire. Seule une centaine de déportés survécut à ce cauchemar.
 
Plus de vingt ans après, en 1971, André Vovk écrivit un récit de sa déportation et de ce voyage en enfer. Un récit que son fils Dominique, metteur en scène de la Compagnie 1605, décida d’adapter au théâtre en 2015. 
"Le convoi" D. Vovk Loïc Buisson © France 3 Culturebox
Sur scène, peu de décor (un bureau, une chaise), une scénographie visuelle signée Étienne Pernoud et deux comédiens : Loïc Buisson, qui incarne André Vovk au moment de sa déportation, et Dominique Vovk qui est le Lecteur. Le metteur en scène n’a touché à rien, les mots sont bien ceux de son père, auxquels il a juste  ajouté un préambule pour permettre au public de resituer le contexte du récit.

Autre "personnage" qui a un rôle à part entière, la violoncelliste Marion Ferrieu qui incarne selon le metteur en scène "l'espace temps entre Loïc et moi, c'est la douleur et l'espoir".

Reportage : France 3 Alpes - D. Vigneau-Dugué / F. Ceroni / G. Neyret

Un long calvaire

La Fondation pour la mémoire de la déportation a raconté la fin de la guerre et la débâcle des Allemands devant l’approche des Alliés. Voici le récit qui est fait du convoi de la mort d’avril 1945 :
 
"Parti le 7 avril avec 4480 détenus, pour Flossenbürg, ce train fut dérouté vers Dachau, en raison de l’avance américaine. Les détenus venaient d’arriver à pied du camp annexe d’Ohrdruf, distant de 90km de Buchenwald, dans un état d’épuisement total quand ils ont embarqué dans des wagons de marchandise fermés ou ouverts, à 90 ou 100, sur de la poussière de charbon. Avec le froid et la pluie incessante, l’épuisement, le manque d’eau et la faim, les morts se multipliaient. Le train traversa le territoire tchèque cinq jours durant.

A bord, un sous-officier SS, surnommé "le sergent tueur", abattait les détenus malades avec sa mitrailleuse en parcourant le train. D’autres détenus furent fusillés dans la nuit du 20 avril, et leurs cadavres brûlés en plein air sur un gril de rails. Au cours des huit derniers jours que dura le voyage, le train devint un immense cercueil roulant. Puis les wagons et leur chargement de cadavres restèrent en pleine voie à proximité de Dachau jusqu’à l’arrivée des Américains."
affiche Le Convoi D. Vovk © DR

Un extrait du texte "Le convoi"

"Nous sommes environ 100 survivants sur 4 000. Sans doute certains de nos gardiens eux-mêmes sont morts d’épuisement. Nous avons été confrontés à la folie furieuse, la bestialité déchaînée de nos propres camarades. Nous avons été soutenus par une détermination sans faille de revenir chez nous pour y continuer une existence meilleure qu’avant, plus digne, plus élevée, plus civilisée. Nous avons constaté pendant le voyage, le dévouement total de quelques uns d’entre nous, et à l’accueil, la sollicitude fraternelle non seulement de nos compatriotes, mais même des allemands, à Reichenau par exemple.
Loïc : Je sais qu’il existe une fraternité humaine.
Lecteur : Nous ne sommes pas leurrés par les dissensions et l’horreur qui n’ont cessé de régner partout depuis lors, et même d’augmenter. Notre devoir est de conserver et de transmettre cet héritage précieux du genre humain : la Civilisation."

"Le convoi" d'André Vovk
Mise en scène Dominique Vovk
Théâtre municipal de Grenoble 
le 14 janvier 2017
à 20h
Durée 60 min.