L'affaire Dominici mise en pièce à Toulon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/02/2016 à 11H17
André Nayton est Gaston Dominici dans "Assassin par défaut"

André Nayton est Gaston Dominici dans "Assassin par défaut"

© France 3

En août 1952, trois Anglais sont assassinés à proximité de la ferme des Dominici à Lurs dans les Alpes de Haute-Provence. Même si Gaston Dominici, le patriarche, fut condamné à mort puis gracié, on n’a jamais su les véritables circonstances du meurtre. Avec sa troupe, André Neyton analyse le procès sous l’angle de la faiblesse linguistique de Dominici : il ne maîtrisait pas 2.000 mots de français.

Reportage : V. Danger, J. Fuster et D. Terrade
En cet été 52, la France et la Grande-Bretagne somnolent sous un lourd soleil d’août. Très vite l’affaire de "Lurs" va les réveiller. Les journalistes arrivent sur le domaine sauvage de la Grand’Terre où ils font connaissance de Gaston, le patriarche, taiseux dirait-on aujourd’hui et bourru, Marie sa femme, discrète jusqu’à l’inexistence, Gustave et Clovis, ses fils.

Jack Drummond, scientifique britannique, son épouse et leur fille de dix ans sont retrouvés au matin du 2 août, assassinés à proximité de la ferme des Dominici où ils avaient passé la nuit pour camper, alors qu'ils faisaient du tourisme dans cette région de Fortcalquier. Qui les avait tués ? Gaston Dominici ? Ses fils ? D'autres ? 
Les obsèques des trois membres de la famille Drummond en 1952

Les obsèques des trois membres de la famille Drummond en 1952

© France 3

"L'affaire de l'été 52"

Sans revenir en détails sur cette affaire qui a mobilisé la presse et la justice au cours d’enquêtes et de contre-enquêtes, les uns et les autres ont avoué, se sont rétractés, se sont accusés mutuellement puis ont nié en bloc. Un procès a tout de même eu lieu en 1954. Gaston Dominici y est condamné à mort.
En 1957, le président Coty commue la peine. En 1960, le général de Gaulle gracie Dominici et le libère.

On ne saura jamais qui a tué les trois Anglais ni pourquoi. Différentes thèses ont été plus ou moins bien explorées, mais aucune n’a abouti à une conclusion satisfaisante. 
Moi, Gaston Dominici, assassin par défaut"

Moi, Gaston Dominici, assassin par défaut"

© France 3

Des grands témoins

A l’époque, Roland Barthes écrit :

Nous sommes tous Dominici en puissance, non meurtriers mais accusés, privés de langage, ou pire, affublés, humiliés, condamnés sous celui de nos accusateurs.

Roland Barthes
Et Giono qui assistait au procès dit de Gaston Dominici :

Les mots, il les avait en provençal mais il n’avait que 2.000 mots de français. S'il en avait maîtrisé davantage, il serait sorti innocenté. Peut-être...

Jean Giono
C’est sous cet angle que André Neyton a écrit "Moi, Gaston Dominici, assassin par défaut".

L'enfermement par les mots ou la non-maîtrise du langage et des codes

L'enfermement par les mots ou la non-maîtrise du langage et des codes

© France 3
Gaston Dominici ne maitrise les codes ni du français ni de la justice. Mais le metteur en scène reconnait aussi au patriarche de Lurs une complexité qu’il ne faudrait pas sous-estimer en le réduisant un être demeuré et frustre.

J'essaie de ménager une incertitude. Comme s'il jouait un double jeu parce que c'est ce qui apparait dans cette histoire. Je comprends que les jurés aient pu le condamner sans preuve, uniquement sur leur intime conviction. Donc y a une ambigüité dans le personnage.

André Neyton, auteur et metteur en scène de "Moi, Gaston Dominici, assassin par défaut"  


L'affaire Dominici donnera lieu à de nombreux livres, films (l'un avec Jean Gabin en Gaston Dominici, l'autre avec Michel Serrault) et des pièces dont un Grand procès mis en scène en 2010 par Robert Hossein.