Koltès à l'honneur avec trois pièces à l'affiche, 27 ans après sa mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/02/2016 à 12H57
L'affaire Zucco", Bernar- Marie Koltès, mise en Scène  Richard Brunel, Vaence, novembre 2015

L'affaire Zucco", Bernar- Marie Koltès, mise en Scène  Richard Brunel, Vaence, novembre 2015

© JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Quel auteur contemporain met en scène des personnages arabes et noirs, aborde le racisme, l'exclusion et les marges ? Trois pièces majeures offrent l'occasion de redécouvrir le théâtre brûlant d'actualité de Bernard-Marie Koltès, près de 27 ans après sa mort du sida en 1989.

"Dans la solitude des champs de coton"

Le texte mis en scène par Roland Auzet dans les couloirs et escalators du centre commercial de la Part Dieu en mai 2015 est repris au théâtre des Bouffes du Nord à Paris jusqu'au 20 février. Le même dispositif original est utilisé : le spectateur est muni d'un casque, qui lui permet de rentrer dans l'intimité de la poésie âpre de Koltès, portée par deux formidables comédiennes, Anne Alvaro et Audrey Bonnet.

"Dans la solitude des champs de coton", peut-être la pièce la plus connue de Koltès, met en scène un dealer et son client pour s'interroger sur les notions du désir et des rapports marchands entre êtres humains. Joué à l'origine par un noir et un blanc (Laurent Malet et Isaac de Bankolé), puis par deux blancs (Laurent Malet et Patrice Chéreau), le texte est porté pour la première fois par deux femmes. Les premiers échanges se déroulent dehors, sur le terre-plein central du carrefour de La Chapelle à Paris.

Désorientés, les spectateurs cherchent les actrices des yeux, les découvrent la tête dissimulée dans une capuche au milieu du trafic, dans la nuit. La pièce regagne ensuite le magnifique espace ocre du théâtre des Bouffes du Nord, où les deux comédiennes donnent toute leur mesure, dans un duel tour à tour doucereux et violent. 

Infos pratiques

"Dans la solitude des champs de coton", de Bernard-Marie Koltès mise en scène Roland Auzet, avec Anne Alvaro et Audrey Bonnet 
Théâtre des Bouffes du Nord
Du 3 au 20 février 2016

"Le Retour au désert"

Pièce à part dans le théâtre sombre, voire désespéré de Koltès, elle a été écrite peu avant sa mort comme une comédie acide, grinçante, sur la petite bourgeoisie de province que ce fils de militaire à Metz ne connaissait que trop bien. Le rôle de Mathilde, une française de retour d'Algérie dans une petite ville de province était destiné à Jacqueline Maillan, figure du théâtre de boulevard. Il est repris haut la main par Catherine Hiegel dans la mise en scène du directeur de la Comédie de Saint-Etienne Arnaud Meunier.

La pièce s'ouvre sur le retour de Mathilde, foulard sur la tête à la mode algérienne, figure de l'étrangère, avec ses valises et ses deux enfants sans père, dans le décor tiré au cordeau d'une maison bourgeoise et de son jardin trop vert. Mathilde est venue traquer impitoyablement les faux-semblants de cette province qui l'a rejetée 15 ans plus tôt. Catherine Hiegel incarne à merveille cette femme venue prendre sa revanche, déterminée à réveiller les fantôme du passé, face à son frère (Didier Bezace) confit dans son importance de notable de province.

Leurs disputes homériques, amour et haine mêlés, rythment la pièce baignée de fantastique. La fille, Fatima, voit des fantômes dans le jardin. L'atmosphère est irrespirable, minée par les "événements" d'Algérie, les attentats de l'OAS contre des cafés arabes, les ragots: "ils" (les arabes) empoisonnent les enfants avec des bonbons ... Donnée au Théâtre de la Ville, la pièce poursuit sa tournée à Lyon, Caen et Lons-le-Saunier.

Infos pratiques

"Le retour au désert" De Bernard-Marie Koltès, mise en scène d'Arnaud Meunier, avec Didier Bezace, Louis Bonnet, Émilie Capliez, Adama Diop, Elisabeth Doll, Philippe Durand, Riad Gahmi, Catherine Hiegel, Kheireddine Lardjam, Nathalie Matter, Stéphane Piveteau, Isabelle Sadoyan, René Turquois, Cédric Veschambre
Théâtre des Célestins à Lyon
du 3 au 11 février 

"Roberto Zucco"

Koltès fait scandale en 1988 avec cette pièce qui érige au rang de héros mythologique le tueur Roberto Zucco. Pour Richard Brunel, qui l'a créée à Valence en novembre dernier, la pièce "parle d'aujourd'hui, notamment sur la question de la violence. Elle montre comment le tueur est le symptôme d'une société malade".

On pense aujourd'hui aux sanglants attentats perpétrés par des terroristes grandis en France. La pièce est jusqu'au 20 février au TGP de Saint-Denis, au sein d'une tournée qui ne fera pas halte dans les départements écumés par Zucco (Var, Haute-Savoie et Savoie) où son souvenir reste vif.

Infos pratiques

"Roberto Zucco", de Bernard-Marie Koltès, mise en scène par Richard Brunel
Avec Pio Marmaï, Axel Bogousslavsky, Noémie Develay-Ressiguier, Évelyne Didi, Valérie Larroque,  Babacar M’Baye Fall, Laurent Meininger, Luce Mouchel, Tibor Ockenfels, Lamya Regragui, Christian Scelles, Samira Sedira, Thibault Vinçon

Au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis
Jusqu'au 20 février 2016 à 20h (relâche le mardi)