Jean-Michel Ribes veut "marquer le coup face à la peste brune"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/11/2013 à 09H36
Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre du Rond-Point, adepte du "rire de résistance", entend  "marquer le coup face à la peste brune qui petit à petit infiltre la société":

Jean-Michel Ribes, le directeur du théâtre du Rond-Point, adepte du "rire de résistance", entend  "marquer le coup face à la peste brune qui petit à petit infiltre la société":

© THOMAS SAMSON / AFP

Jean-Michel Ribes ne rigole plus du tout: le directeur du théâtre du Rond-Point, adepte du "rire de résistance", entend "marquer le coup face à la peste brune qui petit à petit infiltre la société": il invite le monde de la culture à se mobiliser "contre la haine" le 2 décembre avec la ministre de la Culture Aurélie Filippetti.

Regard perçant derrière les lunettes rondes, chapeau de feutre et imposante silhouette, le directeur du Rond-Point tranche par son franc parler dans le monde du théâtre. "C'est Aurélie Filippetti qui me l'a proposé, mais j'allais le faire : on ne peut pas laisser passer ça en République", explique-t-il à propos des insultes racistes proférées contre la ministre de la Justice Christiane Taubira.

"Libertaire depuis toujours"

Il revendique son amitié pour François Hollande qui a "le courage de s'attaquer au choses quand ses prédécesseurs les glissaient sous le tapis" et fustige "le lynchage permanent" du chef de l'Etat. L'engagement est récent: "l'arrivée de Sarkozy m'a étouffé, j'avais honte d'être Français, avec ses propos sur l'argent roi, le discours de Dakar ("l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire")".

Puisqu'il vaut mieux en rire qu'en pleurer, il monte derechef un opéra bouffe, "René l'énervé", c'est-à-dire "quelque chose de suffisamment drôle et léger pour que des idées de refus soient dites sans pesanteur".
"René L'Enervé" de Jean-Michel Ribes

"René L'Enervé" de Jean-Michel Ribes

© France 3 - Culturebox
Débats, tables rondes et auteurs vivants au Rond Point

Depuis son arrivée en 2002, Jean-Michel Ribes défend au Rond-Point les auteurs vivants, multipliant formats courts et formats longs, débats, tables rondes dans ses trois salles flanquées d'une librairie et d'un restaurant. Une ruche où il se passe toujours quelque chose, "un lieu de vie" dit-il. "Quand je suis arrivé il n'y avait plus personne", raconte-t-il.

"On me disait: les auteurs vivants n'existent pas, et s'ils existent, ils emmerdent tout le monde!" "Alors il y a beaucoup de gens qui viennent s'emmerder!", rigole-t-il. Et de lancer à l'adresse de ses confrères: "Quoi de neuf Molière? Y en a marre. Quand je suis arrivé en 2002 je crois qu'il y avait neuf  "Ecole des Femmes" montées par des théâtres subventionnés !"

"C'est insupportable, il devrait y avoir des primes pour ceux qui découvrent de jeunes auteurs". Pour ce début de saison 2013-2014, le Rond-Point a fait salle comble pendant un mois avec la jeune chorégraphe sud-africaine Dada Masilo et son "Lac des cygnes" iconoclaste. La "saga des Lehmann Brothers", création d'un texte d'auteur italien peu connu, sans tête d'affiche, a emballé la critique.

"On est un bateau pirate, mais qui n'a pas fait naufrage !"

A partir du 19 novembre, il monte pour la troisième fois son "Théâtre sans animaux" (2001), Molières de la meilleure pièce comique et du meilleur auteur, et entame le montage de son dernier film, "Brèves de comptoir", d'après la série de livres de Jean-Marie Gourio.
Le Rond-Point turbine à plein régime, avec trois spectacles en parallèle - 850 levers de rideau par saison - dont plusieurs franchement déjantés, tels celui de l'Italien Pippo Delbono ("Orchidées") et un festival des "Chiens de Navarre" en début d'année. Le public suit: près de 248.000 entrées en 2012-2013, une hausse de 100% en dix ans.

"Le spectateur d'aujourd'hui n'a pas la gueule de l'audimat. Les gens sont friands de curiosité, ceux qui viennent ici ont la garantie d'avoir une surprise", lance Jean-Michel Ribes. "Je fais la programmation à travers ce que j'aime. Certains directeurs de télévision disent "moi j'aime pas du tout, mais je pense que ça plaira au public".

J'essaie non pas d'offrir aux gens ce qu'ils aiment, mais ce qu'ils vont aimer". De vrais découvertes s'opèrent: "On est devenu la maison de Pippo Delbono, celle d'Emma Dante, de Dada Masil... Je suis heureux du voyage, on est un bateau pirate, mais qui n'a pas fait naufrage !"