"Gauvain et le Chevalier Vert" : drôlerie et féerie au TNP de Villeurbanne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 20/06/2013 à 13H41
Gauvain et les chevaliers de la table ronde

Gauvain et les chevaliers de la table ronde

© Michel Cavalca

Jusqu'au 23 juin, la scène du TNP de Lyon se transforme tour au tour en château de Camaaloth et en forêt enchantée pour nous conter les aventures de Gauvain, premier chevalier du roi Arthur. Troisième spectacle du "Graal Théâtre" après "Joseph d'Arimathie" et "Merlin l'enchanteur", "Gauvain et le Chevalier Vert" continue de nous plonger au coeur de la légende arthurienne avec drôlerie et féérie.

L'argument : Un mystérieux chevalier vert fait son apparition à la cour du roi Arthur, mettant ce dernier au défi de lui trancher la tête à l'aide de sa hache. Craignant quelque diablerie, son cousin Gauvain, le plus brillant des chevaliers de la table ronde, prend sa place et frappe. Mais le chevalier décapité se relève et emporte sa tête, donnant rendez-vous à Gauvain un an plus tard pour lui rendre la pareille. Gauvain décide donc de partir à l'aventure en attendant de recevoir le coup fatal dans la mystérieuse chapelle verte ...

Une mise en scène flamboyante

Comme pour les précédents spectacles, la mise en scène de Julie Brochen, directrice du Théâtre national de Strasbourg, est résolument moderne. On retrouve avec plaisir Blaise, le conteur de cette fabuleuse fresque moyennâgeuse, qui nous rappelle avec raison que "tout ce qui fait partie du récit est vrai". Une manière d'offrir un cadre à ce récit merveilleux, entre réalité et fantasme.

L'onirisme trouve son écho dans une mise en scène d'une grande ingéniosité, qui semble faîte de bric et de broc, où les arbres, les chevaux et la table ronde en carton côtoient des hommes masqués à la tête de sanglier ou de lion. Des panneaux coulissants enluminés laissent apparaître et disparaître les quelques 20 comédiens qui font vivre le récit au gré de leurs aventures, telles les pages d'un manuscrit ancien dont certaines auraient été arrachées. 
Gauvain, le batelier et la tentatrice ...

Gauvain, le batelier et la tentatrice ...

© Franck Beloncle
Gauvain ou l'idéal chevaleresque remis au goût du jour

On rentre dans un univers riche et foisonnant régi par les règles de la chevalerie et de l'amour courtois où les éléments magiques sont intégrées dans le coeur du récit. Principalement basé sur le roman de chevalerie "Sire Gauvain et le Chevalier vert" datant de la fin du XIVe siècle (l'une des premières grandes oeuvres de la littérature anglaise) et s'inspirant de "Chrétien de Troyes", le récit met en scène un Gauvain en quête de lui-même.

Toujours prompt à sauver les demoiselles en détresse, séducteur sensible et naïf qui ne fait jamais le mal et dont le seul nom offre aux pucelles une intense satisfaction, il est l'anti Don Juan par excellence, véritable modèle pour la chevalerie. Puisant sa force du soleil, son ardeur au combat atteint son apogée à midi et décroît à mesure que le jour décline. Souvent blessé dans des combats de nuit, il trouve toujours le réconfort nécessaire à sa guérison dans les bras d'une frêle jeune fille, faisant un peu figure de James Bond médiéval.
Gauvain joue aux échecs avec uen damoiselle.

Gauvain joue aux échecs avec uen damoiselle.

© Michel Cavalca
Une suite de saynètes

Si la pièce parvient à nous transporter dans ce monde mystérieux et enchanté tout droit sorti d'une forêt brumeuse, le rêve laisse peu à peu la place à une dimension comique qui nous rappelle que nous sommes bien au théâtre. Sans pour autant se transformer en farce truculente, comme c'était malheureusement trop le cas dans "Merlin l'enchanteur", la pièce multiplie les allusions grivoises qui ont tendance à lasser. Certaines scènes ont aussi un côté brouillon où le comique empêche clairement la narration d'avancer.

A trop vouloir caser d'informations, l'ensemble manque parfois de cohésion narrative et donne l'impression de voir une suite de saynètes. Certains passages parviennent cependant à être franchement hilarants, comme lorsque la reine d'une lointaine contrée parle un sabir d'anglais absolument incompréhensible ou lorsque le sénéchal Ké nous confie son envie de manger alors que le roi s'apprête à tomber dans un guet-apens.
Le roi d'un lointain pays s'exprime dans une langue étrange ...

Le roi d'un lointain pays s'exprime dans une langue étrange ...

© Michel Cavalca
Monthy Python : "Sacré Gawain"

La pièce fourmille d'inventions et joue subtilement sur le décalage entre réel et imaginaire. Des références à l'Histoire économique et sociale, au sport, au 7e Art, jusqu'à l'évocation du mariage gay, les boutades s'enchaînent à un rythme trépidant. On notera tout particulièrement l'allusion au chant des Canuts lyonnais lorsque Yvain s'emploie à libérer les ouvrières d'un château-fabrique et une scène où les filles d'un seigneur semblent plus assister à une course hippique d'Ascot qu'à un tournoi de chevaliers.

Gauvain lui-même, campé par un David Martins au visage enfantin, apparaît comme un grand benêt incapable de résister à un pucelage attrayant. Avec des personnages réduits volontairement à de purs archétypes, la pièce lorgne du côté du "non sens" des Monthy Python, à qui Julie Brochen rend explicitement hommage dans l'une des dernières scènes où un cavalier sans cheval arrive en trottinant à Camaaloth.
Gauvain guéri de sa blessure, se réveille lorsque le jour se lève.

Gauvain guéri de sa blessure, se réveille lorsque le jour se lève.

© Michel Cavalca
Au final, "Gauvain et le Chevalier Vert", généreux jusque dans ses excès, réussit avec brio sa réappropriation de ce pan méconnu de la légende arthurienne. Un vrai divertissement populaire qui parvient à allier farce, mysticisme et magie tout en étanchant notre soif d'aventure. La suite l'année prochaine avec "Perceval Le Gallois".

"Gauvain et le Chevalier Vert"
Jusqu'au 23 juin au TNP 
8 Place du Docteur Lazare Goujon  69627 Villeurbanne
Tél : 04 78 03 30 00