Festival de Grignan : lettres et chansons avec Philippe Meyer et son cabaret

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/07/2015 à 16H13
Philippe Meyer et la petite troupe de son cabaret

Philippe Meyer et la petite troupe de son cabaret

© France 3

Tous ceux qui étaient présents l’an dernier au festival de Grignan n’auraient manqué pour rien au monde le cabaret de Philippe Meyer, de retour sur les planches de Grignan. Entouré du pianiste Pascal Sangla, d’Elsa Lepoivre, Florence Viala, et Serge Bagdassarian, trois sociétaires de la Comédie-Française, le chroniqueur radio et écrivain a livré un florilège de chansons dont il a le secret.

Un public conquis et ravi

Un public conquis et ravi

© France 3

La jeunesse en chansons

"La prochaine fois, je vous le chanterai", ça vous dit quelque chose ? Tous ces airs tendrement désuets, insolites, exhumés du grand trésor de la chanson française, que Philippe Meyer nous propose chaque semaine sur France Inter. Il adore aller fouiller dans le grenier, il aime les petits riens, les grandes blessures qui affleurent sous les détails. Tout lui est prétexte à raconter l’humaine condition. Alors quand il se met à broder sur le thème du festival "Avoir vingt ans", il s’en donne à cœur joie.

Son cabaret est à l’image de notre vie : drôle, grave, tragique parfois, avec ce je ne sais quoi d’ironie qui fait que l’on ne se prend jamais trop au sérieux. La première chanson commence par un clin d’oeil, celui de l’inoubliable Jean Sablon : "J’ai appris le tennis et la danse… par correspondance", on sourit.

Et Philippe Meyer d’égrener tout le chapelet des lettres auxquelles l’administration nous condamne, lettre de créance, lettre de licenciement, lettre de rappel, et dans ce fatras de missives toutes plus rébarbatives les unes que les autres, ô bonheur, on peut cueillir un bouquet de lettres d’amour, qui, toutes, finissent en chanson… "C’est la fièvre de la jeunesse qui maintient le monde à une température normale, et quand la jeunesse se refroidit, le monde entier claque des dents". Philippe Meyer cite Bernanos, mais aussi François Mauriac, Jules Vallès, et tant d’autres dont les petites phrases acérées tranchent dans le vif du quotidien.

Philippe Meyer, Pascal Sangla, Elsa Lepoivre, Florence Viala, Serge Bagdassarian

Philippe Meyer, Pascal Sangla, Elsa Lepoivre, Florence Viala, Serge Bagdassarian

© France 3

Hymne au facteur

Qui chantera une ode au facteur ? Philippe Meyer bien sûr. Ce facteur qu’on guettait autrefois à la porte de sa maison, ce facteur tant espéré, chargé du poids des bonnes et des mauvaises nouvelles. Ah, il est loin celui qui dans la chanson "s’envole, s’envole". Aujourd’hui il n’y a plus que des préposés conducteurs. Cela perd en poésie… le facteur n’est plus ce qu’il était…Mais réjouissons-nous quand même. Le courrier du cœur a trouvé d’autres voies, "voix ?" pour se frayer un chemin. Tant qu’il y aura des âmes de vingt ans pour chanter l’amour, et d’autres pour pleurer le temps perdu, tant que Roméo soupirera après sa Juliette, il fera bon vivre sur notre chère planète.

A l'année prochaine... peut-être?

A l'année prochaine... peut-être?

© France 3

Esprit critique

Avoir vingt ans, c’est aussi pour certains partir à la guerre. Philippe Meyer se transforme en soldat de l’an 1810, pauvre conscrit dont on dira plus tard "il est mort en combattant". Et comme Philippe Meyer garde partout, et on l’en remercie, son esprit caustique et incisif, on fait un petit détour par le front dont Louis-Ferdinand Céline est revenu totalement désabusé sur la nature humaine, et l’on réécoute avec émotion la célèbre chanson de Boris Vian "Le déserteur". Chanson admirablement interprétée par Serge Bagdassarian.

Un petit tour, et puis s’en va… à l’année prochaine Monsieur Meyer ! Et que le ciel vous tienne en joie !…(les fidèles auditeurs de France Culture comprendront…)