"El duende", l'âme gitane racontée par des gitans

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/03/2017 à 10H18, publié le 03/03/2017 à 18H08
El duende, un spectacle original qui mêle poésie tsigane et  flamenco, amteurs et professionnels.

El duende, un spectacle original qui mêle poésie tsigane et  flamenco, amteurs et professionnels.

© France 3 Culturebox

L’âme gitane racontée par ceux qui la connaissent le mieux : les gitans. Cela donne "El Duende", un spectacle signé du jeune metteur en scène et comédien Benjamin Barou-Crossman. Composé à partir de textes de Garcia Lorca et de poèmes de Romanès, il rassemble sur scène des artistes professionnels et des gitans de la ville d’Agde. Une belle aventure pour tordre le cou aux préjugés.

Le spectacle de Benjamin Barou-Crossman est articulé autour des écrits de Federico García Lorca (notamment le texte d’une conférence prononcée en 1930 "Jeu et théorie du duende") et des poèmes tsiganes d’Alexandre Romanès (qui est aussi confondateur du cirque tsigane Romanès) avec qui Benjamin Barou-Crossman s’est lié d’amitié. Selon lui, sa culture gitane se rapproche de ce fameux "duende" si cher à Lorca. 

""Le duende ne s'explique pas, il se ressent".

Federico Garcia Lorca

Pour rester fidèle à cet esprit, le jeune metteur en scène a réuni sur scène des artistes issus de la scène flamenca : le guitariste virtuose Luis Davila Oria et la danseuse Karine Gonzalez qui a travaillé avec Tony Gatliff à plusieurs reprises. Et il a fait appel à des gitans installés à Agde où la pièce a été jouée début mars au Théâtre d’Ô à Montpellier.
El duende à Agde 2 © France 3 Culturebox
Pour les comédiens amateurs, c’était une aventure et une découverte. "Je croyais pas qu’on serait capable de faire un truc pareil. Parce que pour nous, le théâtre c’est un truc de fous...On s’est rendue compte que c’est vraiment beau" confiait Kakes Baptiste avant la représentation. Pour un autre, c’est l’occasion de "parler de notre vraie histoire".

C’est nous qui allons parler de nous. On va sortir l’âme gitane, y’a que nous qui pouvons sortir ça !"

Thierry Patrac, comédien amateur dans El duende
Reportage : France 3 Languedoc-Roussillon - C. Agullo / V. Banabera / S. Vanni / V. Portela-Rosa

C'est quoi "El duende" ?

Quand on tape "El duende" sur un site de traduction, c’est le mot "lutin" ou "elfe" qui sort. Mais cette expression n’a pas vraiment d’équivalent en français. Au sens étymologique du terme, le duende dérive de l’expression : “dueño de la casa” (maître de la maison). D’après la tradition populaire, il désigne une sorte d’esprit qui viendrait déranger l’intimité des foyers. Son second sens est davantage en lien avec le spectacle de Benjamin Barou-Crossman. Dans la région andalouse, le duende désignerait en effet “un charme mystérieux et indicible”, que l’on peut parfois ressentir dans les moments de grâce du flamenco. 

Une fascination pour la culture gitane

La culture gitane est très présente dans plusieurs créations de Benjamin Barou-Crossman. En 2012,  il a mis en scène des textes d’Alexandre Romanès au Conservatoire de Montpellier, puis l’année suivante, un spectacle où il dirigeait Mireille Perrier dans "Jeu et théorie du duende" de Garcia Lorca.

Pour expliquer cette attirance pour le monde et la culture gitans, Benjamin Barou-Crossman évoque son enfance durant laquelle il a beaucoup voyagé avec ses parents vers des sociétés "non-occidentales". Des voyages engendrés par le métier de sa mère qui était correspondante au Monde (les parents de Benjamin Barou-Crossman sont Jean-Pierre Barou et Sylvie Crossman, fondateurs de la maison d’édition "Indigène", rendue célèbre pour avoir publié le texte de Stéphane Hessel, "Indignez-vous!".

"J’ai été en contact avec les Aborigènes en Australie, les Navajos aux États-Unis, les Tibétains dans le nord de l’Inde... Enfant, dans certaines cérémonies, j’ai pu observer une théâtralité, avec de la mise en scène, de la mise en danger… En fait, tout ce que j’aime voir dans le théâtre était déjà là « confiait-il en 2013 au site Artkult.fr. "Lorsque je suis revenu en France et après mes études au TNB, quand j’ai commencé à travailler à Paris, il me manquait ce lien entre art et vie. Il me manquait l’aspect humain dans le travail de la scène, celui du risque, de la chaleur, du partage, de la dépense… Je me suis mis en quête de tout cela, et c’est dans la culture gitane que je me suis retrouvé".

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