Dominique Blanc, une très belle vierge Marie entre fatalisme et colère au Théâtre de l'Odéon

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 14/05/2017 à 17H32, publié le 14/05/2017 à 17H10
Dominique Blanc dans "Le Testament de Marie" 

Dominique Blanc dans "Le Testament de Marie" 

© Ruth Walz

Dominique Blanc, pensionnaire de la Comédie-Française depuis un an, incarne la mère de Jésus dans "Le Testament de Marie", sous la direction de la célèbre metteuse en scène anglaise Deborah Warner au Théâtre de l’Odéon.

Quand le spectateur entre dans la salle du théâtre de l’Odéon, il est immédiatement invité à déambuler sur scène autour de la vierge Marie assise sous une cloche de verre. Dominique Blanc, robe rouge et châle bleu, est telle une statue totalement impassible, même aux smartphones qui la mitraillent ! A ses pieds la flamme des bougies vacille ; à sa gauche, sur son perchoir, un vautour s’impatiente ; un magnifique olivier est suspendu au-dessus de la scène.
Marie et son iconographie

Marie et son iconographie

© Ruth Walz

Une Marie terriblement humaine

Lorsque le spectacle commence, toute cette iconographie disparait pour laisser place à une Marie toute simple et terriblement humaine. En tee-shirt, jean et boots elle s’affaire dans sa maison à Ephèse. Tout en briquant sa table, en se lavant, elle raconte la résurrection de Lazare, les noces de Cana, la crucifixion, ses doutes, sa colère, sa douleur et accomplit sous nos yeux un bouleversant chemin de croix personnel.

"Mon fils collectionnait les désaxés"

Avec le "Testament de Marie", l’écrivain irlandais Colm Toibin redonne la parole à la femme la plus silencieuse de l’histoire. Marie qui se souvient de la transformation de son fils, de ses drôles d’amis : "Mon fils collectionnait les désaxés. Pourtant, lui, malgré les apparences, ne l’était pas. Il aurait pu devenir n’importe quoi. Il était même capable de se tenir tranquille ; il avait aussi ce talent-là. Et il était capable de traiter une femme comme son égale. Il avait une grâce, il savait se conduire, il était intelligent".

Manière très inattendue de décrire Jésus à travers les paroles d’une mère concernant son fils. Colm Toibin laisse entrevoir combien cette femme a pu se sentir en rivalité avec ce groupe d’hommes qui entouraient son fils, les apôtres, préoccupés avant tout par la création d’un mythe.
Dominique Blanc est Marie, une femme du peuple

Dominique Blanc est Marie, une femme du peuple

© Ruth Walz

Dominique Blanc fait de la scène sa maison

Dominique Blanc donne admirablement chair à cette femme qui ne s’en laisse pas compter, digne dans la douleur. On suit le récit des derniers moments de Jésus dont rien ne lui a été épargné, les clous, la couronne d’épine, l’agonie. Elle fait de la scène sa maison, sans se laisse écraser par la scénographie grandiose imaginée par Deborah Warner et son décorateur Tom Pye, scénographie qui l’emporte parfois un peu trop sur le texte.

Or c’est celui-ci qui nous retient d’abord, dans cette figure à la fois exaspérée et fataliste de Marie : le fatalisme qui fait bien sûr partie de son image habituelle, mais ce qui est original c’est de l’entendre prendre autant de recul. Au point, et Dominique Blanc y est magnifique, d’en finir avec cette incroyable histoire de celui qu’elle a mis au monde, sur ce constat terriblement désabusé : "Vous affirmez qu’il a sauvé le monde, mais moi, je vais vous dire ce qu’il en est. Cela n’en valait pas la peine. Cela n’en valait pas la peine." 
 

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