"Sosies" : de l'identification au double, du jeu à la folie à Avignon

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 21/07/2017 à 18H44, publié le 14/07/2017 à 19H04
Juliette Coulon, Gaëtan Pau, Thomas Poitevin dans "Sosies" de Quentin Defalt

Juliette Coulon, Gaëtan Pau, Thomas Poitevin dans "Sosies" de Quentin Defalt

© Quentin Defalt

Du metteur en scène Quentin Defalt on se souvient des "Vibrants" d’Aïda Asgharzadeh. Il signe cette fois le texte de "Sosies", en plus de la mise en scène et des vidéos dans la pièce. Un trio de vagues sosies de Céline Dion, Michel Berger et Francis Cabrel se rencontre : entre humour, chansons et drame, chacun cherche son identité. Au théâtre Le Nouveau Ring à Avignon.

Etre un autre ou pas

Le sosie est un spectacle. En s’identifiant à un modèle, l’anonyme trouve chez les autres une reconnaissance. Eux-mêmes ont l’impression de côtoyer la star. Un jeu de dupes où l’on aime se laisser prendre. Mais jusqu’où ?

Sandrine (Juliette Coulon) est fan de Céline Dion, mais réfute le terme de "sosie". "J’ai les traits beaucoup plus fins." Ce qui ne l’empêche pas de la chanter à tue-tête (fort bien d’ailleurs), en la défendant bec et ongles. Montant un spectacle, elle convoque deux autres sosies pour une audition. Elle se la "pète" Sandrine, cadre marketing, aux côtés de Jérôme (Thomas Poitevin), en tenue de tennis, comme Michel Berger lors de sa mort, et Franck (Gaëtan Pau) qui porte la chemise de Francis Cabrel.
Juliette Coulon,  Thomas Poitevin dans "Sosies" de Quentin Defalt

Juliette Coulon,  Thomas Poitevin dans "Sosies" de Quentin Defalt

© Quentin Defalt

Du rire aux larmes

S’identifier à l’autre, jusqu’à lui ressembler physiquement, reflète un manque en soi, comblé par la figure idolâtrée, le plus souvent issue du show-business. Une partie de sa gloire est vampirisée par le sosie. Il en tire une raison sociale, avec le développement, déjà ancien, des spectacles les mettant en scène. Ils peuvent être aussi "reconnus" dans la rue… Au cinéma, "Podium" les prenait pour sujet ; "Chacun sa vie", le dernier Lelouch, confond Johnny Hallyday avec son sosie, ils apparaissent dans des pubs… S’assumer sosie est une réalisation. Après, il faut en subir les conséquences.
Juliette Coulon, Gaëtan Pau, Thomas Poitevin dans "Sosies" de Quentin Defalt

Juliette Coulon, Gaëtan Pau, Thomas Poitevin dans "Sosies" de Quentin Defalt

© Quentin Defalt
Jouant sur la corde du rire dans une première partie, après un extrait de JT annonçant la mort de Berger (introduction au refroidissement à venir), la pièce glisse vers le drame. C’est vrai, c’est drôle les sosies, c’est futile. Derrière chacun d’eux, c’est néanmoins leur vraie personnalité qui se dessine. Sandrine vit en Céline Dion son image idéalisée de la femme, un rien hystéro. Jérôme revit dans la tristesse des textes de Berger son enfance malheureuse. Franck, le plus distancié par rapport aux sosies, est à l'image qu’a Cabrel dans le public : ce baba cool, pas un mot plus haut que l’autre, apaisant, mais qui ne se la laisse pas raconter. Il est Cabrel.
"Sosies" : Juliette Coulon parle de son rôle dans la pièce de Quentin Defalt (Ville D'Epinay-sur-Seine)
Comme dans "Les Vibrants", repris à la rentrée au Studio des Champs-Elysées à Paris, Quentin Defalt traite de la quête d’identité. La variété de tons de "Sosie" va au bénéfice d’une pièce qui alterne comédie, chansons et music-hall, avec des voix, chantées sur scène, étonnantes de ressemblance à leur modèle, avec un léger décalage, en résonance avec le sujet. La voix de son maître.