Théâtres d’Outre-mer en Avignon : "Léon Léon, Nègres des Amériques"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/07/2014 à 17H18
Les acteurs Roland Zéliam (à gauche) et Dgiz dans « Léon Léon, Nègres des Amériques », le 8 juillet 2014 à Avignon

Les acteurs Roland Zéliam (à gauche) et Dgiz dans « Léon Léon, Nègres des Amériques », le 8 juillet 2014 à Avignon

© PHILIPPE TRIAY/LA1ERE.FR

Dans le cadre du Festival "Off". la compagnie Théâtre de la Ruche (Guyane) présente "Léon Léon, Nègres des Amériques".

« La Chapelle du verbe incarné ». On ne pouvait rêver mieux comme dénomination de lieu pour accueillir des troupes de théâtres. C’est là, rue des Lices, et sous un beau soleil pour l’instant, que se tient la dix-septième édition des Théâtres d’Outre-mer en Avignon (Toma), du 5 au 27 juillet.

Rencontre fictive

Ce mardi 8 juillet, à 13h15 pétantes (on est très rigoureux sur les heures car les pièces s’enchaînent et qu’il faut refaire les décors à chaque fois), place à la compagnie Théâtre de la Ruche. Le créneau horaire n’est pas ce qu’il y a de mieux, entre la fin du déjeuner et une après-midi digestive par 26 degrés à l’ombre. Mieux vaut rester léger, et tous les sens en éveil. Une dizaine de spectateurs sont venus voir la pièce de la dramaturge guyanaise Valérie Goma, « Léon Léon, Nègres des Amériques », interprétée par son compatriote Roland Zéliam et le rappeur et musicien parisien Dgiz.

Ce spectacle, qui mêle théâtre et slam, scelle une rencontre fictive entre deux « Léon » : le poète guyanais Léon Gontran Damas (1912 - 1978) et le Noir américain Leon Walter Tillage. Ce dernier, né en 1936 et décédé en 2011, a raconté sa vie dans un livre paru en 1997 sous le titre de « Leon’s Story » (traduit en français en 1999 aux éditions L’Ecole des loisirs). Ayant grandi en Caroline du Nord aux pires moments de la ségrégation raciale, Tillage, âgé de 15 ans, vit son père se faire écraser sous ses yeux par de jeunes Blancs ivres en voiture, qui voulaient « s’amuser ». Aucun d’eux ne fut poursuivi en justice suite à cet assassinat. Par la suite, Tillage rejoignit le mouvement des droits civiques dans le Sud des Etats-Unis, où il risqua – littéralement – sa vie.

Parole dense et tragique

« J’ai voulu réaliser une rencontre improbable entre ces deux hommes, après la découverte et la lecture de l’autobiographie de Leon Walter Tillage », explique Valérie Goma, « et recontextualiser la parole de Damas, qui était un écrivain irrévérencieux et dérangeant ».

Résultat, une pièce magnifiquement interprétée et percutante, où se mêlent les accents lyriques du recueil « Pigments » de l’écrivain guyanais, et la parole dense et tragique de l’expérience afro-américaine incarnée par Tillage. Les deux acteurs alternent subtilement les rôles des deux hommes, avec retenue ou exubérance. A la contrebasse, au chant, virevoltant et déclamant, l’acteur et slameur Dgiz est tout simplement époustouflant. La pièce se joue tous les jours à 13h15 jusqu’au 27 juillet et dure 1h10.

EXTRAIT VIDEO : « Léon Léon, Nègres des Amériques » (compagnie Théâtre de la Ruche, Guyane), Avignon, 8 juillet 2014