Avignon Off : "Les Cavaliers" de Kessel triomphent à l’heure du petit déjeuner

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 12/07/2014 à 07H51
"Les Cavaliers" de Joseph Kessel au théâtre Actuel

"Les Cavaliers" de Joseph Kessel au théâtre Actuel

© Sabine Trensz

Il fait déjà le buzz dans le off d’Avignon, « Les Cavaliers » de Joseph Kessel avec Eric Bouvron et Grégori Baquet, auréolé du Molière 2014 de la révélation masculine (lire l’interview). Un très joli spectacle, qui vous embarque dans une épopée aux confins de l’Afghanistan, avec deux excellents comédiens… et trois fois rien.

Il n’y a qu’à Avignon qu’on voit ça. Traverser une ville encore déserte, vue l’heure matinale, et arriver dans la salle du théâtre Actuel archi-bondée, alors qu’il n’est que 10H15 !

C’est Eric Bouvron, comédien globe-trotter d’origine sud-africaine, qui s’est lancé dans cette adaptation qui relevait de la gageure : donner en une heure trente le goût de ce roman fleuve de 800 pages. « Ça me parle cette histoire de valeurs, de relation père-fils, de transmission, de steppes, d’animaux. Mais si j’avais su combien c’est dur d’adapter un livre, je ne l’aurais pas fait. Ça m’a pris deux ans pour faire une bonne mouture… », avoue en souriant  Eric Bouvron à l’issue du spectacle.

"Théâtre à l'africaine où l'on fait des spectacles avec trois fois rien"
Pari gagné. D’abord par la mise en scène pleine d’inventions qu’Eric Bouvron co-signe avec Anne Bourgeois. « C’est comme ça que j’ai appris le théâtre en Afrique du sud, ce théâtre à l’africaine où l’on fait des spectacles avec trois fois rien. Peter Brook que j’admire beaucoup s’en est aussi beaucoup inspiré ».

On est d’emblée totalement transporté en Afghanistan avec ses odeurs, ses bruits, ses couleurs. Un nuage d’encens, un tapis persan, des tabourets en guise de montures et nous voila chevauchant dans les montagnes afghanes avec le  jeune et orgueilleux Ouroz ( Gregori Baquet) et son fidèle serviteur ( Eric Bouvron).

Gregori Baquet et Eric Bouvron ne se contentent pas d’incarner les deux héros, ils sont aussi ce père et beaucoup d’autres personnages, avec une conviction qui fait plaisir.

Nous les accompagneront au tournoi le plus important et le plus violent du pays, le Bouzkachi du Roi. Nous assisterons à la terrible chute d’Ouroz, qui brise ses rêves en brisant sa jambe. A son retour dans sa province lointaine il devra affronter son père, le grand Toursène, héritier d’une longue lignée de cavaliers jusque là couronnée par la gloire..

Bruitages en direct
Sur scène un comédien du nom de Khalid K (auteur du « Tour du monde en 80 voix ») fait un travail de bruitage en direct tout à fait remarquable. Chant du muezzine, souffle et galop des chevaux, chants afghans réinventés… "Etant marocain ce sont des ambiances et des souvenirs que j’ai beaucoup aimé recréer. Je travaille avec un micro et une wii qui est reliée à mon ordinateur", explique Khalid K. "Ce qui était magique c’est qu’ils m’ont donné carte blanche". Et Eric Boudron d’ajouter "Il intervient comme un coryphé, il crée les ambiances, l’odeur, l’espace". 
Le comédien Khalid K réalise tous les sons en direct

Le comédien Khalid K réalise tous les sons en direct

© Sabine Trensz
Vous l’aurez compris, on a vraiment été charmé par ce voyage initiatique et philosophique qui insiste moins sur le côté spectaculaire et davantage sur la dimension morale de l’histoire, en laissant énormément de place à l’imaginaire du spectateur.


L’interview de Grégori Baquet
Grégori Baquet, Molière 2014 de la "révélation masculine", à Avignon

Grégori Baquet, Molière 2014 de la "révélation masculine", à Avignon

© Sophie Jouve
- Culturebox : Comment vous sentez vous après une semaine de festival ?

Grégori Baquet : Je commence à être un tout petit peu fatigué, c’est la voix en fait, il y a eu pas mal de fluctuations de temps, ça commence à me porter sur les cordes vocales. Mais c’est super, c’est un succès, on refuse du monde tous les jours. 

Moi qui rêvais de Peter Brook, d’Ariane Mnouchkine, cette pièce correspond exactement ce que je voulais faire. On a commencé à travailler sur ce projet d'Eric Bouvron il y a deux ans.

- Jouer le matin à 10h15, ce n’est pas trop dure ?

Je préfère jouer le matin. J’ai toujours joué le matin à Avignon. Après les gens ont chaud, sont fatigués, ont vu deux ou trois spectacles, ils ont la tête farcie. Là on est les premiers, on leur ouvre la journée, j’adore ça !

- Vous avez eu une année bien chargée, couronnée par un Molière de la « révélation masculine »

Oui et je repars en tournée avec « Colorature » de septembre à décembre. J’ai trois magnifiques spectacles depuis deux ans (« Un obus dans le cœur », « Le K de Dino Buzzati », « Les Cavaliers »). Les astres me sourient. La famille Baquet est dans le coup en ce moment ! Ma sœur Anne Baquet est au théâtre Buffon, où elle cartonne. J’ai un fils Théophile (Le grand Gibus dans « La Nouvelle Guerre des boutons » en 2011), qui vient d’être engagé pour le premier rôle du prochain film de Michel Gondry. Tout va bien.


"Les Cavaliers" de Joseph Kessel
Avec Eric Bouvron, Grégori Baquet, Khalid K, Maïa Gueritte
Théâtre Actuel à 10h15
80 rue Guillaume Puy, Avignon
Réservation : 04 90 82 04 02