Avignon : Thierry Thieû Niang fait danser les enfants "Au cœur" de l'actualité

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/07/2016 à 12H11
"Au Coeur" de Thierry Thieû Niang et le enfants d'Avignon

"Au Coeur" de Thierry Thieû Niang et le enfants d'Avignon

© Anne-Christine Poujoulat/AFP

Thierry Thieû Niang fait danser tout le monde : les seniors, les autistes, les détenus. Avec "Au Cœur", 13 enfants originaires du Grand Avignon (de 8 à 18 ans) se confrontent à une actualité qui malmène leur génération. Le spectacle inaugurait le cycle "Jeune public", proposé depuis trois ans par Olivier Py.

Ils emplissent le plateau, courent, tombent, sautent, lèvent les bras, comme pour prendre leur envol. Ils portent des objets qui symbolisent l'enfance et sa fragilité, un camion, un ballon, une fleur…
Au coeur 2 © Anne-Christine Poujoulat/AFP

Il y a les jeux mais aussi les pleurs. "Dans chaque enfant, il y a du chagrin et de la perte", explique le chorégraphe.

Enfants isolés, enfants échoués

Des enfants chutent et sont relevés avec délicatesse. Deux jeunes portent un corps inerte. Thierry Thieû Niang, instituteur puis psychomotricien avant dêtre happé par la danse, avait en tête des images d'enfants isolés, échoués sur une plage…
Au coeur 3 © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon

Une brouette chargée de vêtements évoque les émigrés. Une jeune fille est recouverte de hardes, ombre abandonée, démunie, avant qu'une ronde l'emporte dans un ailleurs plus lumineux.
Au coeur 4 © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon

De temps à autres un jeune musicien, Robin Pharo, rompt le silence en jouant de la viole de gambe. Le chorégraphe a fait appel également à la chanteuse Camille pour faire chanter les enfants à capella et à Linda Lê, écrivain d'origine vietnamienne, qui a écrit pour eux un texte sur la difficulté à trouver leur place des jeunes déracinés. C'est une toute jeune fille d'une dizaine d'année, à la tête d'ange, qui va dire ce texte en fin de spectacle : "Qui suis-je, un pauvre enfant dont tu porteras bientôt le deuil ? Un oiseau aux ailes brisés ? L'aurore est tâchée de sang, le désastre s'est produit et pourtant, tu ne m'empêcheras pas de rêver d'un ailleurs..." Et cela nous laisse aussi fascinés que perplexes, car c'est le texte d'une adulte dans la bouche d'une enfant.

Urgence

Autant que le propos c'est l'urgence, l'intensité et la ferveur de ces jeunes interprètes (certains ont déjà participé à des spectacles du In) qui touchent profondément, dans le cadre recueilli et magique de la Chapelle des pénitents blancs.

Ce spectacle, Thieû  Niang a déjà prévu de le transmettre à d'autre enfants, de la banlieue de Paris ou de Belfort.