Valère Novarina dépose avec malice "Le Vivier des noms" en Avignon

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/07/2015 à 12H38
Manuel Le Lièvre dans "Le Vivier des noms" de Valère Novarina

Manuel Le Lièvre dans "Le Vivier des noms" de Valère Novarina

© Anne-Christine Poujoulat/AFP

Avec pas moins de 10 pièces en 20 ans, Valère Novarina poursuit son compagnonnage avec le festival d’Avignon et livre une création 2015 du meilleur cru. Dans "Le vivier des noms", Novarina le sorcier suisse tricote toujours une drôle de langue, mais réussit plus que jamais à se faire comprendre !

Une foultitude de petites caricatures

Il ne faut pas se fier à Valère Novarina, Sous une apparence placide et bien comme il faut d’auteur suisse, se cache un être inclassable qui aime triturer et malaxer la langue avec sauvagerie, avec un goût prononcé pour l’imprononçable.

Mais commençons par le début. La pièce tire son nom du titre d’un carnet où l’écrivain (qui est aussi peintre) note tous les noms des personnages qui lui viennent à l’esprit, souvent inspirés des sobriquets et du patois savoyards où l’auteur à passé une partie son enfance : Jean du Oui-tout, la Femme à l’Etalage, l’Ange numérique, l’Enfant Plurimorbide….

Ces noms vont donner naissance à une foultitude de personnages, qui sont autant de caricatures, de petits croquis, joués sur scène par 8 merveilleux comédiens. 
Une troupe de fidèles de Novarina

Une troupe de fidèles de Novarina

© Anne-Christine Poujoulat/AFP

Une troupe de fidèles

Sur scène, presque tous des fidèles, plus quelques nouveaux, dont Claire Sermonne qui incarne l’historienne, celle qui a mémorisé les noms et leur donne vie. La très subtile Agnès Sourdillon en est à son 6e spectacle avec Novarina, et ne s’en lasse pas, nous confie-t-elle après la représentation : "C’est très libérateur de travailler avec lui, c’est pas du tout intellectuel, c’est très physique, on rigole beaucoup tout en travaillant et en répétant énormément. Il attend tout de nous, sans prendre le pouvoir. Il dit qu’il est le berger du troupeau. Il est très malin !".  
Agnès Sourdillon, à gauche

Agnès Sourdillon, à gauche

© Anne-Christine Poujoulat/AFP

Un jaillissement de mots nouveaux

"Je cherche à atteindre chaque individu comme s’il était transpercé par une flèche", dit Novarina. C’est l’effet que produit cette langue lorsque le spectateur se laisse emporter par ce jaillissement de mots nouveaux (pour Novarina on le sait la langue est un fluide), par cet autre espace temps, qui dit pourtant avec acuité, beaucoup de notre époque et de nous-mêmes.

Comme ce savoureux et provocateur défilé des communautés venues exposer leurs rites et leurs revendications, ou ce mode d’emploi de l’euthanasie qui pourrait être violent et qui par la beauté de la langue se révèle d’une extrême justesse, sans militantisme.

"Tout est basé sur des lapsus, des réminiscences, c’est le langage d’un enfant de 4-5 ans mais qui aurait entendu beaucoup la radio donc beaucoup de mots et lu de grands livres comme la bible", résume Agnès Sourdillon. "Toutes ces choses qui nous hantent et qu’on ne sait pas démêler. Des questions d’enfants qu’on est trop inhibé pour se poser une fois adulte. C’est le même comique qu’un enfant qui pose une question énorme".  


Admiratif devant tant de mots ingurgités

Novarina sait ce qu’il doit aux interprètes. Lui qui adore le cirque et les comiques, sait s’entourer d’acteurs physiques, terriens, et créatifs, qui donnent une évidence à cette langue dynamitée.

On est admiratif devant tant de mots ingurgités et souvent très bien chantés. "L’apprentissage de la langue de Novarina est atroce", confirme Agnès Sourdillon, "mais je le prends comme un plaisir. C’est comme les gens qui aiment la dentelle, moi j’aime apprendre par cœur, c’est un travail de patience que j’aime faire".

Il faut citer tous les acteurs, dont se détachent pour nous les formidables Manuel Le Lièvre et René Turquois, mais sont aussi très bien Julie Kpéré, Dominique Parent, Nicolas Struve, Valérie Vinci.   

Evidemment les amateurs de Novarina retrouveront une manière de dire et d’écrire qui leur est absolument familière, ceux qui l’aiment moins trouveront eux que c’est un peu trop long, et ceux qui sont allergiques peuvent passer leur chemin, car Novarina dans ce "Vivier des noms" fait du Novarina ! Mais dans le Cloître des Carmes plein à craquer, le public a été sous le charme. Nous aussi.

"Le vivier des noms" de Valère Novarina au Cloître des Carmes
5,6,8,9,10,11,12 juillet à 22h