Richard III de Thomas Ostermeier : Un démoniaque "Moi, moche et méchant"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 17/07/2015 à 21H14, publié le 07/07/2015 à 19H18
Lars Eidinger est Richard III, mis en scène par Thomas Ostermeier

Lars Eidinger est Richard III, mis en scène par Thomas Ostermeier

© Boris Horvat/AFP

Lundi soir, première mondaine à l’Opéra d’Avignon. La rumeur courait déjà depuis plusieurs jours que ce Richard III de Thomas Ostermeier était le spectacle à ne pas manquer (les onze dates affichent complet). Parmi les invités et les people, nous découvrons une Aurélie Filippetti enceinte, accompagnée d’Arnaud Montebourg, scoop pour des sites autres que le nôtre !

La pièce démarre en trombe par un rugissement de musique rock qui annonce une fête au Palais du Roi Edouard. Les courtisans surgissent de la salle, verres, et bouteilles à la main, tandis qu’une pluie de confettis tombe sur la scène et le public. A l’écart la silhouette d’un homme, pied bot et bossu, que la difformité exclut de la fête : Richard. 
Le palais du roi Edouard © Boris Horvat/AFP


Monstrueux du dehors et du dedans

Richard, c’est l’impressionnant Lars Eidinger de la Schaubühne de Berlin, marchant plié en deux, affublé de prothèses. Au micro suspendu à un câble et qui éclaire en même temps son visage grimaçant, il déclare son dessein sur le ton de la confidence : monstrueux du dehors, il se veut aussi monstrueux du dedans. 
   Richard III

 

Un public complice 

C’est le vrai parti pris d’Ostermeier : privé d’amour et de bonheur Richard sera « a villain » (La pièce est jouée en allemand mais les phrases les plus connues sont dites en anglais). Et comme complice de sa monstruosité infernale, il y a le public qu’il prend souvent à parti (au point de se rapprocher d’un spectateur du premier rang qui s’était assoupi en lui ordonnant : « wake up, wake up » et de reprendre aussitôt son jeu).


Prêt à tout

Tout au long du spectacle alterneront ainsi les scènes de trahisons et de meurtres (notamment ceux des deux enfants d’Edouard, figurés par des pantins aux visages blafards) et les apartés d’un monstre séducteur et intelligent, qui se réjouit de ses actes ; prêt à tout pour accéder au trône, lui qui n’était qu’un lointain prétendant. 
Les meurtres de Richard III

Les meurtres de Richard III

© Boris Horvat/AFP
 
Au point de séduire Lady Ann sur le cercueil de son époux qu’il vient de tuer ou de demander en mariage la jeune fille du Roi Edouard dont il vient de faire assassiner les deux petits frères. 
Richard © Boris Horvat/AFP

Incroyable Lars Eidinger

L'incroyable Lars Eidinger, qui survole la salle pendu au câble de son micro, aurait aimé jouer Richard sous les étoiles. On se dit comme lui, malgré la beauté du lieu et le dispositif scénique qui rappelle le théâtre du Globe cher à Shakespeare, qu’une telle force démoniaque et une telle fureur auraient eu dans la cour d’Honneur une puissance encore décuplée. Le public divisé sur le Roi Lear, était cette fois en liesse. 
   
          
 

"Richard III" de Shakespeare, mis en scène par Thomas Ostermeier, à l'Opéra Grand Avignon
6,7,8,9,11,12,13,14,16,17,18 juillet 2015
Durée du spectacle 2h30, en allemand surtitré en français