"Jamais assez" : la danse du feu du futur de Fabrice Lambert

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/07/2015 à 16H09
Jamais assez, Fabrice Lambert, Avignon 2015

Jamais assez, Fabrice Lambert, Avignon 2015

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Fabrice Lambert crée à Avignon "Jamais assez", une chorégraphie inspirée par un gigantesque chantier d'enfouissement de déchets nucléaires, qui doit courir sur cent mille ans. Le chorégraphe met en œuvre sur un plateau cette quête de l'énergie, source d'inspiration de nombreux mythes avec un ballet qui puise aux sources de la danse.

"Jamais assez" est inspiré du projet "Onkalo", sujet du documentaire "Into Eternity", de Michael Madsen. Onkalo est un lieu en Finlande où seront enfouis pendant cent mille ans 250 000 tonnes de déchets nucléaires.
Une échelle du temps qui échappe à l'homme, mais dont le chorégraphe Fabrice Lambert s'est emparé pour écrire sa dernière scénographie, créée à Avignon au Gymnase du Lycée Aubanel. Une danse du feu revisitée, où le temps, le mouvement et l'espace se renouvellent à l'infini.

Le mythe de la caverne

A l'ouverture, il faut scruter pour apercevoir des formes se mouvoir sur le plateau, plongé dans la pénombre.. Ce premier tableau s'allonge à l'infini, mouvements imperceptibles des danseurs, qui finissent leur lent mouvement en se rassemblant au centre de la scène, comme des hommes des cavernes agglutinés au fond d'une grotte pour survivre, et composent tous ensemble un seul corps recroquevillé.

"Onkalo" signifie "la cachette". On pense au mythe de la caverne. Puis la lumière surgit, et le spectateur fait avec les danseurs l'expérience de la sortie au monde. Phares dans les yeux. Les corps prennent forme et entament une ronde. Puis ils arpentent la scène en mouvements saccadés et dissociés, sons électroniques accompagnant leurs pas.
"Jamais assez", Fabrice Lambert Avignon 2015

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
"C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'un projet sur une telle échelle voit le jour", explique le chorégraphe. "J'ai voulu rapprocher ce projet du mythe de Prométhée", poursuit-il. "La pièce se situe entre Prométhée et la quête de l'énergie aujourd'hui, si précieuse", ajoute-t-il. "Et c'est ce terrain commun que j'ai voulu partager avec les danseurs".

"Danser, c'est penser en grand"

Le chorégraphe a travaillé avec un groupe de 10 danseurs. A chacun il a demandé d'être à la fois lui-même, avec ses fragilités, et "au bord de lui-même". "La question est de savoir comment l'identité de chacun fait groupe", explique Fabrice Lambert. Et c'est sur la circulation des énergies qu'il a travaillé avec les danseurs, pour mettre en mouvement l'idée du feu, et d'une temporalité impossible à appréhender par le cerveau humain.

"Je me demande toujours ce que c'est que danser. Et en fait, danser, c'est penser en grand", poursuit le chorégraphe, qui a fondé en 1996 "L'expérience Harmaat", un lieu de recherche et de création chorégraphique. "Dans mon travail, je cherche toujours à faire dialoguer les éléments qui nous constituent et les éléments qui sont autour de nous", poursuit Fabrice Lambert.

La danse du feu du futur

"Avec la danse, j'utilise les outils de l'abstraction et c'est la combinaison de la lumière et des mouvements sur le plateau, qui met en espace l'énergie", explique le chorégraphe. "Avec la danse, on redessine l'espace de l'autre. On accélère sa temporalité, ou on la suspend", conclut-il.
"Jamais assez", Christophe Lambert Avignon 2015 (2) © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
Fabrice Lambert et ses danseurs inventent une danse du feu du futur, où le temps est arrêté par le mouvement. C'est "Jamais assez", mais il faut bien que le spectacle s'achève, alors les danseurs dessinent sur le plateau le symbole de l'infini. Le spectateur revient dans le temps présent, interloqué.

Jamais assez  Fabrice Lambert
Avignon IN 2015
13, 14 15 16 et 17 juillet au Gymnase du Lycée Aubanel