Avignon : "Les Sœurs Macaluso" d’Emma Dante, pour ne jamais oublier Palerme

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/07/2014 à 12H06
Les 7 soeurs Malacuso

Les 7 soeurs Malacuso

© Tiziana Fabi/AFP

Avec le Sorelle Macaluso (les sœurs Macaluso), Emma Dante dessine une histoire de famille du petit peuple de Palerme avec une force, une crudité et une poésie qui touchent au cœur du public d'Avignon. Un spectacle en palermitain surtitré.

Des femmes arpentent la scène en costumes noirs à la coupe masculine, comme un bataillon militaire en rangs serrés. Elles nous semblent s’imaginer en chevaliers, maniant le bouclier et l’épée à la façon des marionnettes siciliennes.

Soudain elles font face au public, se débarrassent de leurs habits d’homme. On les découvre en robes d’été revivant des souvenirs d’enfance et cette fameuse journée à la mer dont elles avaient tant rêvé.

Coup de poing

Les sept soeurs Malacuso forment une étonnante volière, bruyante, rieuse, querelleuse, dont émergent des caractères bien trempés. Mais la fête vire au drame lorsque la plus chipie pince le nez de la petite dernière, au cours du jeu où l’on retient son souffle. Elle ne se relèvera pas.

Une séquence à vif, sans décor et pourtant très cinématographique, qui fait l’effet d’un coup de poing.  
Criant de vérité

Ensuite la vie reprend pour les six autres, mais elle sera à jamais marquée par la tragédie et emplie de rancoeurs et de frustrations

Le père, qui a continué d’élever ses filles, est le représentant de ce peuple des quartiers pauvres de Palerme, aux limites du quart monde. Il est éboueur pour survivre, "ramasse la merde". Macho comme on l'est là bas, mais avec un immense besoin de tendresse.

A un moment la mère, morte, revient danser avec lui. Scène ravissante et profondément émouvante. La tragédie va frapper à nouveau, parce que pour Emme Dante c’est la loi de cette Sicile ancrée dans sa chair.

Mais il y a cette sœur qui danse tout le temps pour maintenir l’espoir. Lorsque la danseuse Alessandra Fazzino se découvre peu à peu dans la douce lumière d'un projecteur, c'est plein de pudeur et absolument magnifique. 
La danseuse Alessandra Fazzino dans "Les Soeurs Macaluso"

La danseuse Alessandra Fazzino dans "Les Soeurs Macaluso"

© Tiziana Fabi/AFP
Cela ne dure qu’une heure dix et nous raconte en si peu de temps plus que ne le feraient des pièces de trois heures.

On gardera longtemps en mémoire ces sept femmes, si peu actrices, et, au milieu de cette misère, d’une humanité folle.

Les Soeurs Macaluso au Gymnase du Lycée Mistral
7,8,9,10,12,13,14,15 juillet à 15H
Réservations : 04 90 14 14 14


Le programme du Festival d'Avignon