Avignon 2014 : "Coup fatal", le baroque aux couleurs de l'Afrique

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 07/07/2014 à 00H38, publié le 06/07/2014 à 18H17
"Coup fatal" de serge Kakudji, Fabrizio Cassol et Alain Platel

"Coup fatal" de serge Kakudji, Fabrizio Cassol et Alain Platel

© Christophe Raynaud de Lage

C’est une rencontre extra-ordinaire que nous avons faite avec Serge Kakudji, contre ténor congolais à l’origine de « Coup fatal », qui fusionne musique baroque et musique congolaise. Un concert « chorégraphié » avec empathie et subtilité par Alain Platel.

Il a 24 ans, il a fait ses études au Conservatoire de Bruxelles avec une spécialité musique baroque. Autant dire que le contre-ténor Serge Kakudji est un ovni dans sa ville de Kinshasa.
Il a eu l’idée de frotter ce répertoire aux sonorités de son pays. Il s’est fait aidé du compositeur Fabrizio Cassol, un orchestre a été constitué pour l’occasion, uniquement avec des instruments traditionnels africains ( à l’exception d’une guitare basse).
 
Le chorégraphe Alain Platel a accepté de « mettre en mouvement » ce projet très particulier : « Nous avions besoin de quelqu’un comme Platel pour nous canaliser ! », s’exclaffe Serge Kakudji. 
Extrait de "Coup fatal"
 Tresser la musique baroque et la musique traditionnelle

C’est à partir de l'introduction d’un air ou d’une phrase musicale que les musiciens tressent cette musique baroque avec leur musique traditionnelle. Ils le font avec humour et talent, car de façon totalement décomplexée : « Ce répertoire occidental devient finalement notre musique », s’amuse Serge Kakudji. 

Images : Benjamin Hoffmann
Alchimie 

Très vite, l’alchimie opère entre les arias de Vivaldi, Gluck, Bach ou Haendel, portés par la voix étrange et aérienne de Kakudji, et cette musique congolaise très mal connue de nous, dont nous découvrons quelle est « polyphonique » elle aussi.  
 
Dans "Coup fatal", les musiciens s’expriment autant par leur instrument, leur voix, que par leur corps : « La danse est en nous » reconnait Kakudji dont la présence scénique est aussi inattendue qu’étonnante.
 
La pauvreté, les manigances politiques, par petite touche la vie au Congo est esquissée, mais Alain Platel a voulu surtout « rendre compte d’une joie de vivre qui résiste à la misère et qui semble nous faire défaut, ici, en Europe ». Avec une grande intelligence, le chorégraphe laisser parler ces corps dans leur individualité et s’inspire de façon réjouissante de l’élégance dandy des sapeurs dans la deuxième partie du spectacle. 
Un concert chorégraphié par Alain Platel

Un concert chorégraphié par Alain Platel

© Christophe Raynaud de Lage
Hier soir dans la Cour du Lycée Saint-Joseph, la greffe a pris. Dans la douceur de la nuit avignonnaise, le mariage du baroque et de l’Afrique a permis aux festivalier de lâcher prise, jusqu’à l'ovation finale bien méritée.

"Coup fatal" dans la Cour du Lycée Saint-Joseh
De Serge Kakudji, Fabrizio Cassol, Alain Platel
4 (annulé), 5,6,7,8 juillet à 22h


Programme du festival d'Avignon