70 ans du Festival d'Avignon : le joli feuilleton quotidien de Thomas Jolly

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/07/2016 à 12H23
Chronique du Festival d'Avignon par la Piccola Familia

Chronique du Festival d'Avignon par la Piccola Familia

© Sophie Jouve/Culturebox

Le plus grand théâtre du monde fête sa 70e édition, et Olivier Py son directeur a demandé à Thomas Jolly de raconter cette folle histoire. Résultat : un feuilleton en plein air, bourré de vie, en 16 épisodes de 50 minutes chacun, raconté avec malice par le jeune metteur en scène et sa compagnie la Piccola Familia. A suivre également en vidéo quotidienne sur Culturebox.

Dans le jardin Ceccano, alors que le mistral fait brisser les feuilles des somptueux platanes centenaires, les retardataires ont toutes les peines du monde à se faufiler. Les bancs sont pris d'assaut, plusieurs rangs de spectateurs debout encadrent la scène.

Aux douze coups de midi, sonnés à l'église voisine, les amoureux du festival embarquent pour le premier épisode d'un grand flash back, 70 ans d'histoire, par celui qui nous avait proposé les 18 heures d'"Henry VI" il y a deux ans. L'aventure s'appelle "Le ciel, la nuit et la pierre glorieuse", définition donnée par Jean Vilar au festival qu'il fonda en1947.
Feuilleton dans le Jardin Ceccano 

Feuilleton dans le Jardin Ceccano 

© Sophie Jouve/Culturebox

Tout y est, l'épopée de la création de "La semaine d'art" par Jean Vilar qui "sentait bien qu'il ne trouverait pas les fonds pour disposer d'un théâtre à Paris", les délicieuses lettres de soutien de René Char, de Maurice Clavel, de Jeanne Laurent, apôtre du théâtre décentralisé. La recherche de jeunes comédiens "pour les payer moins et pour y croire plus que les autres".
Chronique 1 © Sophie Jouve/Culturebox

La troupe a puisé la partie historique dans le livre d'Antoine de Baecque et Emmanuelle Loyer, et collecté des articles, des témoignages, des souvenirs de spectateurs. On découvre ainsi que Vilar refusa de créer une pièce de commande ("Je suis trop jeune pour une reprise !") et proposa de jouer trois spectacles dans la Cour d'honneur : "Richard II" de Shakespeare, "Tobie et Sarah" de Paul Claudel, "La Terrasse de midi" de Maurice Clavel.

Et puis il y a l'évocation de tous ces petits jeunes qui manifestent déjà de belles dispositions : Michel Bouquet, Jeanne Moreau, Alain Cuny, Jean Negroni, Bernard Noël, Sylvia Monfort... C'est tout cela que nous raconte avec malice la petite troupe de 12 comédiens qui joue tous les rôles : pour "faire un roulement joyeux et festif", raconte Thomas Jolly.

"A quelques jours de la première, les bonnes volontés doivent laisser la place à la volonté, la gentillesse au dévouement", s'exclame le jeune comédien qui incarne Jean Vilar, alors que le mistral souffle de plus belle. Suivent des extraits farcesques des pièces créées à l'origine, ce qui est un exploit lorsqu'il s'agit de Richard II ou de Claudel !
Chronique 2 © Sophie Jouve/Culturebox

La lecture des critiques est un autre grand moment : "Ils ont peut être trouvé un lieu de pèlerinage artistique où l'on vient de très loin et régulièrement!", ou à propos de Michel Bouquet :"Le théâtre et le cinéma lui promettent un bel avenir !"

"C'est un feuilleton, rien n'est calé", précise Jolly, le pied bandé, à la fin du spectacle. Le jeune metteur en scène s'est cassé le pied la veille sur la scène, mais son enthousiasme est intacte. Nous avons rassemblé toute la matière et créé les séquences à Rouen, mais c'est vraiment au jour le jour que tout prend forme. Le public découvre une histoire dont il connait les grandes lignes, mais il y a aussi tous les enjeux économiques, politiques... Il s'agissait aussi de réconcilier le pays après-guerre."
Thomas Jolly s'est blessé la veille de la première

Thomas Jolly s'est blessé la veille de la première

© Sophie Jouve/Culturebox

"Je trouve très malin ce parti-pris de la transposition, de l'humour, du décalage, ça ne m'étonne pas, c'est un type (Thomas Jolly) qui a tellement d'idées !" s'exclame Chantal, restée sur son banc à digérer ce premier épisode. Pierre, son mari, est plus réservé sur le ton burlesque, mais festivalier depuis 63 ans, il a bien l'intention de suivre les 15 épisodes suivants, comme il l'a fait l'année dernière avec "La République de Platon" d'Alain Badiou qui a tenu le public en haleine. "En juillet il ne faut pas me chercher ailleurs qu'ici sourit-il". Un peu plus loin, un groupe de jeunes collégiens apprécie aussi, mais avec les critères de leur génération : "C'est bien de rendre ça vivant, en faisant jouer de vrais acteurs et en évitant la lecture."

Au cours des 15 épisodes à venir, seront évoqués les grands spectacles, l'ouverture en 1966 à la danse et au cinéma, le festival annulé par la crise des intermittents de 2003… Les spectateurs seront appelés aussi à témoigner et le dernier épisode, intitulé "Avignon 2086", projettera le festival dans 70 ans, avec la participations d'enfants des quartiers d'Avignon.

En plus de ce feuilleton journalier avignonnais (qui se prolongera jusqu'au 23 juillet), une "mini-chronique" quotidienne sera diffusée tous les soirs sur France 2 (20h50), France 5 (10h45) et Culturebox (13h).
Thomas Jolly compte aussi sur des invités "stars" qui pourraient venir raconter leur festival, comme  Stanislas Nordey, Nicolas Bouchaud ou encore Isabelle Huppert. Et pourquoi pas Daniel Auteuil et Mirelle Mathieu, les enfants du pays !