"Affabulazione" de Pasolini joué sur un terrain de foot au TNP de Villeurbanne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/11/2014 à 11H51
"Affabulazione" sur la scène du TNP de Villeurbanne se joue sur un terrain de foot synthétique

"Affabulazione" sur la scène du TNP de Villeurbanne se joue sur un terrain de foot synthétique

© Michel Cavalca

Quelques jours après la date anniversaire de l’assassinat de l’écrivain dramaturge cinéaste Pier Paolo Pasolini (2 novembre 1975), et au moment où plusieurs mises en scène du texte sont annoncées, le metteur en scène lyonnais Gilles Pastor propose sa version d’"Affabulazione" sur la scène du TNP de Villeurbanne.

De toute sa vie l’écrivain, qui aura marqué les années 60 et 70 italiennes n’aura jamais résolu son propre complexe d’Œdipe. Il l’exprima notamment en 1967 avec son film "Œdipe-Roi". Dans le texte de théâtre "Affabulazione" souvent interprété en Italie, il emprunte les mêmes codes de la tragédie mais en inversant les rapports fils-père en père-fils.

L’ombre de Sophocle plane sur le plateau, pelouse verte de terrain de football synthétique. La voix du spectre de Sophocle enregistrée par Jeanne Moreau pose ainsi les conditions du spectacle, une tragi-comédie où le drame désigne le fils et non le père comme victime. Mais après quelles souffrances du père !
"Affabulazione" sur la scène du TNP de Villeurbanne

"Affabulazione" sur la scène du TNP de Villeurbanne

© Michel Cavalca
C’est donc autour de ce père que tourne l’action. Un riche industriel milanais qui "décroche " de sa vie bourgeoise troublé par le malaise éprouvé dans un rêve puis dans la vie, face à son fils, troublant son entourage familial. Le désordre dans les relations familiales fait penser à "Théorème", l’un des grands films de Pasolini.

Le père, interprété par Jean-Philippe Salério, complice de presque toutes les productions de Gilles Pastor passe ainsi par tous les états de troubles face à ce fils blond et dont il doute de sa paternité. Jean-Philippe Salério à la diction toujours très posée scande les mots de Pasolini dans les premiers tableaux avant d’entrer dans l’action de la pièce ponctuée par des intermèdes entraînements de football.

Scène de théâtre, terrain de jeu

Cinq jeunes joueurs en grandes tenues de sport se passent le ballon sur le tapis vert de la scène sur fond musical rythmant les passes. Ils reviennent régulièrement ainsi doués du pied mais un peu gauches, décalés, presque gênés au moment des saluts. Évocation de l’univers de Pasolini, grand amateur de foot, et de ces "ragazzi" poussant la balle sur les terrains vagues de banlieues romaines. Le trait footballistique est appuyé assez loin du chœur antique invoqué. Aussi ces intermèdes n’allègent pas pour autant un texte âpre et parfois daté dans ces aspects politiques de lutte des classes ou de complexités psychanalytiques.
"Affabulazione" sur terrain de foot 

"Affabulazione" sur terrain de foot 

© Michel Cavalca
Gilles Pastor a souvent fait appel à de nombreuses techniques de narrations dans ses spectacles, interaction de vidéo avec les comédiens sur le plateau, musique, amplification sonore. On retrouve ici son savoir-faire proche de l’auto fiction, plus sobre et concentré pour accompagner ce père perdu amené à dire à son fils "le père c’est toi et moi je suis l’enfant "… Jusqu’au drame final.

"Affabulazione"de P.P. Pasolini , mis en scène par Gilles Pastor 
Au TNP de Villeurbanne jusqu’au 16 novembre 2014
Les 19e et 20 novembre2014  au théâtre du Vellein à Villefontaine (Isère)