"La Mouette" de Thomas Ostermeier : un diamant et des brillants superflus

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/05/2016 à 17H56
"La Mouette" d'Anton Tchekhov

"La Mouette" d'Anton Tchekhov

© Arno Declair

Ostermeier a réuni une troupe française pour sa "Mouette" de Tchekhov, qui joue le dépouillement et l'ancrage dans notre monde quotidien. Des coquetteries, parfois inutiles, rallongent un spectacle où la beauté de la langue éclate comme un diamant brut dans la seconde partie.

L'engagement social de Tchekhov

Quand le public s'installe, les comédiens sont déjà présents. Assis sur des bancs qui entourent un espace dépouillé, ils ne quitteront jamais la scène et regarderont jouer leurs partenaires. En toile de fond, une citation de Tchekhov à son retour du bagne de Sakhaline où il était allé soigner des prisonniers : "Qui est allé en enfer voit le monde et les hommes autrement."

En référence sans doute à cet engagement social du docteur Tchekhov, et pour donner au texte des résonances contemporaines, les personnages évoquent au début, un Syrien chauffeur de taxi rencontré dans Paris, "Nuit debout", et même avec humour le recours au 49,3 ; avant de se livrer à une satire de certains tics du théâtre contemporain, le tout entrecoupé de morceaux de rock joués en direct.
Ostermeier ajoute une satire des tics du théâtre contemporain

Ostermeier ajoute une satire des tics du théâtre contemporain

© Arno Declair

Ces ajouts, même s'ils sont souvent bien menés, étirent le spectacle et tiennent à distance les enjeux de la pièce : ses conflits de générations, ses désillusions amoureuses, ses différentes visions de l'art, officielle et académique ou libertaire et maladroite.

Les personnages s'imposent dans la deuxième partie 

Le texte et les personnages de Tchekhov s'imposent dans la deuxième partie avec une simplicité, une évidence, qui font un peu oublier l'agacement du début. La scène du repas est à cet égard remarquable. Valérie Dreville incarne avec tout ce qu'il faut d'ambivalence, l'actrice viellissante, aveuglée d'amour pour Trigorine, auteur à la mode qui la délaisse, mais qui est du même coup terriblement cruelle envers son fils. 
Bénédicte Ceruti, Sébastien Pouderoux, Valérie Dréville, François Loriquet

Bénédicte Ceruti, Sébastien Pouderoux, Valérie Dréville, François Loriquet

© Arno Declair
Matthieu Sampeur incarne ce fils, Constantin, avec beaucoup de finesse, devenant le personnage central de la pièce, un peu au détriment de Nina ("La Mouette"), qu'interprète pourtant avec charme Mélodie Richard (malgré une diction pas toujours audible).

Matthieu Sampeur et Mélodie Richard

Matthieu Sampeur et Mélodie Richard

© Arno Declair

Du reste de la troupe globalement sans défaut, on détachera le personnage veule de l'écrivain qu'incarne François Loriquet. Sans oublier, celui, annexe, du médecin que prend en charge Sébastien Pouderoux, prêté par la Comédie-Française, qui nous montre qu'il est un bon acteur mais aussi un excellent musicien.

Tout au long de la piéce, la peintre Marine Dillard, réalise une vaste fresque en noir et gris, avant de la détruire. Il ne s'agit pas d'une mouette, comme on l'avait imaginé au début, mais d'un lac entourré de montagnes. On saluera la performance et le talent de l'artiste, même si on n'est pas sûr que cela apporte quoi que ce soit à l'univers Tchekhovien.
Marine Dillard réalise une fresque en direct

Marine Dillard réalise une fresque en direct

© Arno Declair

Un univers auquel l'on reprochera, dans la vision d'Ostermeier, de tout de même manquer beaucoup d'émotion. A l'exception du personnage de Constantin, et cela beaucoup grâce à son interprète.