"Suite 2806", une pièce psychanalytique sur l'affaire DSK, à Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/11/2012 à 16H20
Les comédiens Eric Debrosse et Jelle Saminnadin en répétition à Paris (15/11/2012)

Les comédiens Eric Debrosse et Jelle Saminnadin en répétition à Paris (15/11/2012)

© Raymond Delalande / Sipa

Un homme de pouvoir, candidat à la présidence de la République, et une femme de chambre dans la suite d'un hôtel new-yorkais : huis clos librement inspiré de l'affaire Dominique Strauss-Kahn, la pièce "Suite 2806" à l'affiche du théâtre Daunou, à Paris, propose une approche psychanalytique d'un fait divers hors normes.

"Qu'aurait-il bien pu se passer ?", questionne d'emblée l'auteur Guillaume Landrot dès l'affiche, tout en prévenant pour la forme que "des ressemblances avec des faits réels ne seraient que pure coïncidence".

Produite par Philippe Hersen qui signe la mise en scène, "Suite 2806" se résume à l'affrontement sans merci des deux personnages interprétés par Jelle Saminnadin et Éric Debrosse. La ressemblance naturelle de ce dernier avec l'ancien directeur du FMI a été travaillée dans le moindre détail pour aboutir à un résultat saisissant, a observé l'AFP qui a assisté mercredi soir à la couturière de la pièce.

Un angle d'attaque psychologique
Surfant sur les différentes pistes psychologiques évoquées lors de l'affaire, l'auteur a imaginé une intrigue en forme de tragi-comédie sur le pouvoir, les relations hommes-femmes, l'addiction sexuelle, mais aussi le suicide social et politique.

La démarche chaloupée, le dos légèrement voûté et les paupières tombantes, Daniel Weissberg, homme d'affaires en vue est appelé dans son pays aux plus hautes fonctions. En peignoir, il tombe nez à nez avec Evangeline, la femme de chambre. "Vous m'avez fait peur ! Pourquoi vous me regardez comme ça ?", lui demande-t-elle, alors qu'il ferme la porte à clé. "Vous savez que vous pourriez vous rendre bien plus utile pendant le quart d'heure qui vient que pendant des années de labeur ?", répond-t-il, cynique et méprisant.

L'agression sexuelle semble imminente, mais la femme de chambre se révèle pleine d'éloquence au point de déstabiliser son agresseur et l'empêcher de commettre l'irréparable. S'engage alors un dialogue subtil qui tourne à la psychothérapie. "Il m'est insupportable que vous me résistiez !", lâche le client. "Vous êtes un horrible phallocrate !", lui répond-elle, sans se démonter. "Je veux être vaincu...", finira-t-il par reconnaître un peu plus loin, dans une partie de chat et de souris bien menée, alors que le jeu de domination est à son désavantage. "Vous vous contentez de si peu... Une misérable pipe dans une chambre d'hôtel...", assène-t-elle, poussant cet homme de pouvoir visiblement usé dans ses derniers retranchements, en plein abandon.

Eric Debrosse et Jelle Saminnadin, alias DSK et Nafissatou Diallo, au Théâtre Daunou (15/11/2012)

Eric Debrosse et Jelle Saminnadin, alias DSK et Nafissatou Diallo, au Théâtre Daunou (15/11/2012)

© Christophe Ena / AP / Sipa
Les fidèles de DSK vigilants
Avant la représentation, une sympathisante de Dominique Strauss-Kahn, se présentant comme membre d'un comité de soutien, a distribué des tracts dénonçant "l'acharnement contre lui". "Je ne verrai la pièce que dans quelques jours. Si elle n'est pas à charge, nous n'aurons rien contre", a-t-elle déclaré à l'AFP.

DSK et le scandale du Sofitel avaient fait leur entrée sur les planches en juin dans "L'affaire", à La Tempête (Cartoucherie du bois de Vincennes), et dans le spectacle "Panique au FMI" au printemps, aux Deux-Ânes, temple parisien des chansonniers. Il y a quelque temps, le cinéaste Abel Ferrara a confirmé pour sa part le tournage d'un film "librement inspiré de l'affaire", avec Gérard Depardieu et Isabelle Adjani, mais les financements ne seraient toujours pas réunis.