"Ruy Blas" de Victor Hugo inaugure le nouveau TNP à Villeurbanne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/11/2011 à 16H50
Une scène de Ruy Blas

Une scène de Ruy Blas

© Christian Ganet

Pour célébrer la réouverture du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, son directeur et metteur en scène Christian Shciaretti a choisi "la plus belle pièce" de Victor Hugo : Ruy Blas, écrit en 1838, qui parle autant d'amour que des coulisses du pouvoir. Ruy Blas sera diffusé en janvier 2013 sur France 3, dans le cadre de l'opération "Coups de Théâtre sur France Télévisions".

Il fallait oser choisir Victor Hugo et un drame d'amour en 5 actes, déclamé en vers pour ouvrir la saison 2011-2012 d'un TNP métamorphosé. Et pourtant, il suffit d'écouter Christian Schiaretti pour comprendre les raisons de ce choix. "Il y a une méfiance vis-à-vis du théâtre hugolien, considéré comme un peu ridicule. Mais je demeure fidèle à mes engagements, quitte à assumer le ridicule" explique le metteur en scène.

L'occasion pour lui de rappeler que les mots  "théâtre", "national" et "populaire" ont été réunis pour la première fois par Victor Hugo en 1830 dans la préface d'une de ses pièces, Marion de Lorme. Des mots qui quatre-vingt dix ans plus tard seront réutilisés par Firmin Gémier, le créateur du premier Théâtre national populaire. C'était à Paris, au Trocadéro, le 11 novembre 1920.

Mais jouer Ruy Blas à Villeurbanne, une commune ouvrière où le TNP fait face à la mairie, c'est aussi rappeler l'esprit du "tout pour tous" cher à Victor Hugo. C'est également mettre en scène  la colère d'un peuple qui réclame plus de considération à travers l'histoire d'un laquais devenu ministre à la faveur d'une machination.

Le laquais, Nicolas Gonzales, face à son maître, Robin Renucci

Le laquais, Nicolas Gonzales, face à son maître, Robin Renucci

© Christian Ganet

Sur la scène de la grande salle Roger Planchon, un décor, magnifique, signé de l'égyptien Rudy Sabounghi. Murs et sols sont entièrement recouverts d'azulejos, ces carreaux de faïence richement décorés qui ornaient les demeures portugaises et espagnoles. C'est d'ailleurs dans l'Espagne de la fin du XVIIè siècle que se déroule l'histoire.

Robin Renucci interprète Don Salluste de Bazan, un noble condamné à l'exil par la reine pour une affaire de moeurs. Pour se venger, il demande d'abord l'aide de son neveu, Don César (Jérôme Kircher), un noble qui s'acoquine parfois avec les petits bandits.  Celui-ci refuse. Don Salluste se tourne alors vers Ruy Blas (Nicolas Gonzales), son valet, lui ordonnant de plaire à la Reine (Juliette Rizoud) en usurpant l'identité de Don César. Le laquais tombe amoureux de la jeune Reine tout en grimpant les échelons du pouvoir. Grâce à sa clairvoyance, il devient un premier ministre intègre qui veut sauver le royaume et la Reine. Mais son maître lui rappellera sa condition d'homme du peuple. Un mépris que ne supportera pas Ruy Blas et qui le poussera vers la mort. 

Ruy Blas à terre devant la Reine et la cour

Ruy Blas à terre devant la Reine et la cour

© Christian Ganet

Dans une mise en scène qui sait selon les tableaux, mettre en valeur les talents de solistes des comédiens ou la force de la troupe du TNP, Christian Schiaretti offre un Ruy Blas à la fois tourmenté par un amour et par une ambition qui le dépasse. Nicolas Gonzales offre au personnage ses traits de jeune homme aux airs sages mais qui bouillonne de passion contenue et de colère. Il s'impose dans la célèbre tirade où, devenu premier ministre, Ruy Blas prend à partie les conseillers du roi qui dilapident les richesses du royaume tout en s'enrichissant. Une scène qui surprend par sa force et par l'écho qu'elle trouve dans l'actualité de notre XXIè siècle. Ruy Blas incarne en effet le peuple qui demande des comptes à ceux qui le gouverne... 

Quant à Robin Renucci, il campe à merveille un Don Salluste inquiétant, tout de noir vêtu, à la fois solaire et sombre, traître aux allures nobles, à la fois odieux et tristement humain. Humain, Jérôme Kircher l'est aussi en Don Cesar fantasque, paresseux, voyou et libre. Il compose un personnage drôle, provoquant par ses mimiques et son phrasé particulier de vrais éclats de rire dans la salle. Dans cet univers policé de la cour d'Espagne où tous les coups bas sont permis, il offre un Don Cesar rafraîchissant. "Je vis avec les loups non avec les serpents" dit-il à Don Salluste qui veut l'entraîner dans sa machination.

En sortant des trois heures de représentation, on se dit que oui, finalement, il a eu raison Christian Schiaretti de monter ce Ruy Blas aimant, indigné, révolté, intègre pour faire honneur à ce nouveau TNP. "Aimer, c'est agir" écrivit Victor Hugo dans son journal le 19 mai 1885. Ce furent ses derniers mots. Ils semblent avoir traversé le temps pour donner un nouveau souffle à ce TNP métamorphosé. Aimer, agir et créer. Une belle mission pour un théâtre qui veut être comme un coeur qui bat au coeur de la cité.


Ruy Blas sera diffusé en janvier 2013 sur France 3, dans le cadre de l'opération "Coups de Théâtre sur France Télévisions".

("Ruy Blas" de Victor Hugo mis en scène par Christian Schiaretti restera au TNP jusqu'en décembre avant de partir au Théâtre Les Gémeaux à Sceaux du 6 au 29 en janvier 2012 puis à La Coursive à La Rochelle du 8 au 10 février 2012.)