"Rose", le nouveau défi scénique de Judith Magre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/02/2012 à 18H11
Judith Magre prête ses traits à Rose, une pièce de Martin Sherman.

Judith Magre prête ses traits à Rose, une pièce de Martin Sherman.

© France 2 Culturebox

A 85 ans, Judith Magre se lance dans une nouvelle aventure théâtrale en interprétant le rôle-titre de "Rose" au Théâtre de la Pépinière à Paris. Jusqu'au 18 mars, elle campe une femme, juive ashkénaze, qui traverse le XXème siècle et le monde. Simplement assise sur une banquette en bois, la comédienne apporte sa profondeur et sa sensibilité à ce monologue de Martin Sherman, mis en scène par Thierry Harcourt.

 

 

Qui d'autre que Judith Magre pour interpréter le parcours d'une rescapée de Varsovie ? Le metteur-en-scène Thierry Harcourt avoue avoir immédiatement pensé à cette grande dame de théâtre. Entourée de quelques livres, une carafe d'eau à côté d'elle, Rose, seule en scène, confie ses souvenirs gais et douloureux. Née en Russie en 1920, la jeune femme se retrouve dans le ghetto de Varsovie avant d'embarquer sur le bateau Exodus en 1947 pour émigrer vers la Palestine avant de finalement, vivre son rêve américain. Une histoire individuelle au coeur de la grande Histoire servie par une comédienne qui n'a plus à prouver son talent. 

Une comédienne boulimique de travail...

Détentrice de trois "Molière" pour "Shirley", "Histoires d'hommes" et dans un second rôle pour "Greek", Judith Magre a joué dans quelques 70 films, une cinquantaine de téléfilms et près de cent pièces de théâtre. C'est sur les planches qu'elle débute à l'âge de 18 ans. Etudiante au cours Simon, la jeune Simone Dupuis, de son vrai nom, fait deux rencontres décisives : Jacques Charon et Sophie Desmarets, puis rejoint la compagnie Renaud-Barrault où elle joue "Judith" de Jean Giraudoux, "La Cerisaie" d'Anton Tchekhov et "L'Orestie" d'Eschyle. Elle entre ensuite au prestigieux Théâtre national populaire où elle prend à bras le corps des répertoires variés de Brecht à Jean Vauthier en passant par Gorki, Paul Claudel, Jean-Paul Sartre et Shirley Goldfarb. La comédienne défend aussi les créateurs contemporains comme Stephen Berkoff ou Thomas Bernhard.

... et adepte du mélange des genres

Judith Magre reconnaît aujourd'hui que dans son parcours, "il y a très peu de classiques, sorti des "Troyennes", de Racine, de Marivaux, de Brecht..." Elle préfère mettre l'accent sur les "Vauthier, Calaferte, Durringer, Minyana..." Chacun de ces projets - plus audacieux - est le résultat d'une rencontre avec un metteur-en-scène pour lequel elle a eu un coup de coeur : "les envies naissent quand on m’apporte les choses", souligne-t-elle. "Son seul problème," reconnaît-elle volontiers, "c'est de parvenir à apprendre le texte."

 

Dans le Off du festival d'Avignon (1999), Judith Magre incarne "Shirley" dans une mise en scène de Caroline Loeb

 

Au cinéma, l'artiste est aussi coutumière des grands écarts. Dans les années 50, elle apparaît au générique des films de René Clair, Julien Duvivier, Jacques Becker ou encore Louis Malle. A cette époque, elle donne alors la réplique à Robert Lamoureux, Louis de Funès, Gérard Philippe et Fernandel. Jacques Chazot lui offre alors le rôle de Marie-Chantal, le célèbre personnage snob qu'il a inventé pour elle. L'actrice devient aussi l'égérie de Claude Lanzmann qu'elle épouse en 1963. Simone de Beauvoir ne cache pas sa jalousie.

 

 

Plus récemment, on retrouve Judith Magre dans le sulfureux "Nathalie" d'Anne Fontaine (2004), dans "La folle histoire d'amour de Simon Eskenazy" de Jean-Jacques Zilbermann (2009) et dans "Ces amours-là" de Claude Lelouch (2010). A l'été 2012, on la découvrira dans "Du vent dans les mollets" de Carine Tardieu, aux côtés d'Agnès Jaoui, Denis Podalydès et Isabelle Carré.  Après une si longue carrière, l'actrice avoue attendre un grand rôle sur grand écran. "Avant de mourir, j'aimerais bien faire un truc important au cinéma", lance-t-elle en riant.