Romane Bohringer au cœur de deux pièces engagées d'Irina Brook à Nice

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/02/2016 à 13H58
Romane Bohringer à Nice en janvier 2016.

Romane Bohringer à Nice en janvier 2016.

© Franz CHAVAROCHE/PHOTOPQR/NICE MATIN

Récit vibrant d'une Africaine se noyant près de Lampedusa d'un côté et hymne au travail de la terre menacé par l'argent des multinationales, de l'autre : pour sa deuxième saison à la tête du Théâtre national de Nice, la Britannique Irina Brook a signé deux créations très engagées avec son égérie Romane Bohringer en vedette, qui s'achèvent ce week-end.

Pieds nus sur une scène dépouillée, gestuelle expressive, Romane Bohringer  incarne avec retenue Shauba, une jeune migrante africaine partie sur un rafiot  de 700 personnes et qui livre un monologue en sombrant au fond de la mer.

"Lampedusa Beach", monologue de Lina Prosa

Le texte très poétique de l'auteure italienne Lina Prosa qui vit en Sicile, "Lampedusa Beach", constitue un plaidoyer sur un sujet d'actualité brûlante. "Ceux d'Afrique, nous sommes comme un collier de perles cassé", dit Shauba dans sa chute verticale au milieu des poissons et des cadavres humains, "certains arrivent à destination, d'autres se noient".

La jeune femme parle à une proche qui lui a financé le voyage (trois ans de salaire), lui raconte son odyssée à risque de femme convoitée par les passeurs  et son bref aperçu de l'île de Lampedusa à portée de main. Le personnage a touché Irina Brook, qui en appelle à l'hospitalité : "elle nous sort de notre individualisme pour nous toucher dans notre humanité la plus profonde, bien plus que le flux d'informations que nous recevons du matin au soir et auquel nous devenons insensibles".

"Terre Noire", de Stefano Massini

"Terre Noire", deuxième création niçoise d'Irina Brook dévoilée à Nice en même temps, est tirée d'une pièce en trente-et-un tableaux du jeune auteur italien, Stefano Massini. "Terre Noire" est un récit enlevé et efficace sur un monde en péril. Hagos (l'acteur Pitcho Womba Konga), petit cultivateur de canne à sucre  d'Afrique du Sud aux méthodes traditionnelles, est approché par une  multinationale qui lui achète sa récolte, puis lui propose ses produits chimiques pour rentabiliser son exploitation. Ses cannes à sucre vont se dessécher, l'acculant à s'endetter et céder sa terre. Le fermier et sa femme vont faire appel à une jeune avocate téméraire (Romane Bohringer) qui va affronter l'avocat sans scrupules de la multinationale (Hippolyte Girardot)...

Scénario quelque peu manichéen? "La pièce montre jusqu'où peut aller la  destruction de l'individu et de la planète", décrit Irina Brook. "C'est inimaginable que nos dirigeants encouragent un sacrifice collectif suivant le diktat des grandes firmes!", s'insurge l'enfant de la balle qui aspire à un théâtre qui fait réfléchir et rapproche les hommes.

La pièce vient à la suite d'un ensemble de spectacles et de rencontres,  programmés à Nice fin 2015 en même temps que la conférence environnementale Cop21 de Paris.