"Les Femmes savantes" : Jaoui-Bacri heureux dans la langue de Molière

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/09/2016 à 16H57
Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri dans "Les Femmes savantes"

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri dans "Les Femmes savantes"

© Pascal Victor

Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, mari et femme dans "Les Femmes savantes" sous la direction de Catherine Hiegel. L'affiche événement de cette rentrée théâtrale attise bien sûr la curiosité. Le résultat est-il à la mesure de nos attentes ?

Catherine Hiegel poursuit son compagnonnage avec Molière (après "Le Bourgeois Gentilhomme" avec François Morel et "L’Avare" à la Comédie-Française), toujours dans le respect de la tradition. Dans un très beau décor de Goury qui évoque un cabinet de curiosités, Agnès Jaoui, alias Philaminte, installe un requin empaillé au milieu des planches d'anatomie et autre lunette d'astronomie. Un avant-goût de ce qui va se jouer dans cette comédie noire qui va voir trois femmes lettrées au fort tempérament dupées par un pédant.

Une belle troupe 

Le couple star ne déçoit pas. Jaoui s'impose en épouse et mère de famille autoritaire et jusqu'au-boutiste. Bacri, lui, se glisse avec délice dans la peau du mari pleutre, qui fait le dos rond, mais qui ne perd pas espoir de rouler des mécaniques.  
Evelyne Buyle, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui

Evelyne Buyle, Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui

© Pascal Victor

Autour d’eux, une belle troupe homogène. Julie-Marie Parmentier (pas très audible au début) et Benjamin Jungers (ex de la Comédie-Française) donnent au jeune couple amoureux toute la candeur et la sincérité souhaitées.
 
Evelyne Buyle fait de Bélise, la tante pédante, une cougar désopilante. Tandis que Chloé Berthier en Armande, la sœur philosophe, dévoile peu à peu ses blessures et ses frustrations. Philippe Duquesne en Trissotin passe avec aisance de la gaudriole à la noirceur la plus absolue, faisant presque de son personnage un cousin de Tartuffe.

La plus misogyne des pièces de Molière

Ce n'est ni la plus facile, ni la plus populaire des pièces de Molière, c'est en tout cas la plus misogyne ! Mais Catherine Hiegel ne voit pas dans ces femmes des précieuses ridicules. Elle ne cache pas son empathie pour leur entêtement et leur quête émancipatrice.
 
Une fois la méprise révélée, le jeune couple marié, elles ne s’avoueront pas vaincues, riant sous cape de ce mariage d’un autre âge et regardant avec espoir vers le futur.
 
C’est peut-être un peu trahir le texte de Molière qui ne ménageait pas ces bas-bleus, comme le faisaient les hommes de ce temps-là. On acceptait qu’une femme soit instruite mais pas trop, mais surtout qu’elle n’en fasse pas état pour ne pas faire de l’ombre aux hommes…
 
S'il faut aller voir ces Femmes savantes pour la distribution de la pièce et pour Molière, on observera tout de même un léger manque de rythme, ce qui fait que le résultat n’est pas complètement à la hauteur de nos attentes.