"Le Personnage désincarné" : jolie réussite d’Arnaud Denis sur l'art du théâtre

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/11/2016 à 13H06
Marcel Philippot et Audran Cattin dans "Le Personnage désincarné"

Marcel Philippot et Audran Cattin dans "Le Personnage désincarné"

© Photo Lot

Arnaud Denis, acteur et metteur en scène s’essaie désormais au rôle délicat d’auteur avec un sujet que Pirandello aurait pu imaginer. "Le Personnage désincarné" tient ses promesses dans le tout petit théâtre de la Huchette.

La représentation vient à peine de commencer, quand le personnage s’interrompt, se recroqueville au fond de la scène. Une voix douce et ferme s’élève dans la salle, c’est l’auteur qui demande à sa créature de reprendre le cours des choses
Désincarné © Photo Lot

Mais le personnage ne veut rien entendre, refuse le destin qui lui est réservé en fin de spectacle, soir après soir : le suicide d’une balle dans la tête: Pourquoi un homme heureux commettrait un tel geste s’indigne-t-il

Le spectateur au coeur d'un bras de fer

Arnaud Denis nous plonge au cœur de la création, nous interroge sur l’art du théâtre, la responsabilité de l’auteur, le libre arbitre, la frontière souvent incertaine entre réalité et fiction.
 
Une première pièce  bien écrite et astucieusement mise en scène par lui-même. Intégré au drame qui se joue,  placé entre le comédien et l’auteur, on ressent un vrai malaise lorsque le régisseur (Grégoire Bourbier) surgit dans la salle, s’offusquant du traitement subit par le personnage, soutenant et encourageant sa rébellion.  
Marcel Philippot (l'auteur) et Audran Cattin (le comédien)

Marcel Philippot (l'auteur) et Audran Cattin (le comédien)

© Photo Lot

Dans cette partie de bras de fer le personnage va peu à peu dominer son créateur, exploiter ses fêlures, mettre en lumière ses relations compliquées avec son fils, semer le doute sur la qualité de son écriture
 
Coïncidence, on n’est pas loin du thème de la première pièce de Clément Gayet, "Moi, moi et François B", défendue par François Berléand au théâtre Montparnasse, où un auteur kidnappe l’imagination de son comédien.

Audran Cattin pur et ambigu

Marcel Philippot donne force et autorité à l’auteur. Mais la révélation est le jeune Audran Cattin qui joue le comédien. Habité, ardent, nimbé d’une pureté touchante et cependant très ambigu, il est une belle découverte dans ce petit théâtre légendaire de la rive gauche, qui reste à jamais lié à la Cantatrice Chauve de Ionesco.
Audran Cattin

Audran Cattin

© Photo Lot