"Edmond" : la naissance réjouissante d'un chef d'œuvre par Alexis Michalik

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/09/2016 à 16H49
"Edmond" au Théâtre du Palais Royal

"Edmond" au Théâtre du Palais Royal

© Alejandro Guerrero

Si vous passez rue Montpensier à Paris aux alentours de 23h, vous croiserez le public réjoui. L'effet Alexis Michalik. Avec son "Edmond" il remporte son défi : remplir un grand théâtre parisien en racontant la naissance débridée de "Cyrano de Bergerac". Le résultat : une réussite !

28 décembre 1897 au Théâtre de la Porte Saint Martin, un tonnerre d'applaudissements salue la première de "Cyrano". 40 rappels : du jamais vu. Edmond Rostand reçoit quelques jours plus tard la légion d'honneur et "Cyrano" devient une icône du répertoire.
 
Et pourtant toute la troupe réunie autour de Coquelin, s'était préparée à un four. Une longue pièce en vers sur un personnage historique du XVIIe siècle, pensez donc !

La verve et le talents intacts de Michalik

S'inspirant de faits réels et avec une verve et un talent intacts, Michalik retrace la genèse du chef d'œuvre : comment un Rostand aux abois convainc le grand Constant Coquelin de jouer dans sa nouvelle pièce qui n'est pas encore écrite. Comment aux fils de ses déambulations parisiennes l'inspiration lui vient. Notamment par la grâce d'une jolie habilleuse (personnage inventé, sa muse était son épouse Rosemonde) dont son ami Léo est tombé amoureux et qu'il va, par sa plume, aider à conquérir (comme Cyrano aidera Christian à conquérir Roxane).  
Cyrano 4

© Alejandro Guerrero
Le personnage de Cyrano se dessine ainsi peu à peu, un Gascon, amoureux, superbe dans l'échec, c'est-à-dire tellement français ! On croise aussi Feydeau, Courteline, Sarah Bernhardt, Meliès, deux frères corses, maquereaux et producteurs, et même Maurice Ravel et son Boléro (très amusant anachronisme). 

Un tourbillon d'inventivité

Le public enchanté, n'en perd pas une miette. Michalik et sa troupe nous emportent dans un tourbillon d'inventivité, qui a aussi tout de l'horloge suisse, tant les changements de décors sont incessants, le rythme soutenu, les personnages nombreux (la douzaine de comédiens se partagent une trentaine de rôles).  
Cyrano 3 © Alejandro Guerrero

Tous ces comédiens sont à saluer, et Guillaume Sentou qui incarne Rostand au premier chef. Sentou qu'on connaissait presque uniquement dans le duo comique formé avec Garnier.
  Guillaume Sentou (à gauche) est Edmond Rostand 

  Guillaume Sentou (à gauche) est Edmond Rostand 

© Alejandro Guerrero

Un magnifique hommage au théâtre de l'âge d'or

Après le "Porteur d'Histoire" et le "Cercle des Illusionnistes", recompensés de trois Molières, Michalik confirme ses talents de conteur et son amour d'un théâtre intelligent et populaire. Il signe avec "Edmond" un magnifique hommage au théâtre de l'âge d'or, juste avant l'invention du cinéma par les Frères Lumière.  

Au point qu'on ne sait plus à la fin si l'on est en train d'applaudir Rostand ou Michalik, si on est un spectateur de 1897 ou de 2016. Un grand écart dans le temps tout à fait jubilatoire. Une réussite à voir absolument.


Reportage : M.Berrurier, W.Kamli, R.Blondeau

L'interview d'Alexis Michalik à quelques jours de la première :