Rencontre avec Michel Bouquet : à 90 ans, l'acteur demeure tout entier dévoué à son art, au delà même de la fatigue

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/03/2016 à 12H11

Il a beau avoir joué 810 fois "Le Roi se meurt" de Ionesco ou plus de 600 fois "Le Malade Imaginaire" de Molière ainsi que quelques autres grandes textes de ses auteurs de chevet comme Samuel Beckett, Denis Diderot, Jean Anouilh, Harold Pinter, Albert Camus et Thomas Bernhard, Michel Bouquet n'est jamais dans la routine. Au contraire, il affirme qu'un texte ne livre jamais tous ses secrets.

L'acteur semble à ce point absorbé par son travail que l'homme tend même à s'effacer derrière ses personnages.

"C'est l'auteur qui donne son talent à l'acteur" assure l'artiste qui "ne joue pas pour se montrer mais pour que le spectateur rencontre l'auteur."

Avec une humilité désarmante mais sincère, il déclare qu'on lui accorde un mérite qu'il n'a pas. D'où son indifférence aux honneurs et aux récompenses (il a obtenu deux Césars et deux Molières) même si ces distinctions, comme l'amour du public, touchent, voire rassurent ce perfectionniste perpétuellement angoissé.

"C'est pourquoi je suis sur Terre"

En reprenant au théâtre Hébertot dans la pièce de Ronald Harwood "A tort et à raison" le costume du grand chef d'orchestre allemand Wilhelm Furtwängler accusé de compromission avec le régime nazi, un costume déjà endossé en 1999 au théâtre Montparnasse mais dans une mise en scène et distribution différentes, Michel Bouquet confirme vouloir explorer des textes déjà joués pour en découvrir les richesses cachées.

"Le théâtre, c'est ma fonction, c'est pourquoi je suis sur Terre, et je joue avec beaucoup de passion. Je suis content d'avoir pu faire ce métier pendant 72 ans."

La performance de Michel Bouquet, chaque soir devant une salle comble, prouve combien peuvent être impressionnantes les dernières années d'un acteur d'exception, en résumant l'expérience et l'exigence d'un parcours professionnel exemplaire, entre maitrise saisissante et total don de soi.

Entretien : Michel Vial, Yvon Bodin, Fanny Menin  (3 Mars 2016)