Rencontre à Aix avec Dominique Blanc avant son entrée à la Comédie-Française

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/07/2015 à 12H44
Dominique Blanc joue Persephone, dans une mise en scène de Peter Sellars au festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, lors d'une répétition le 29 juin 2015.

Dominique Blanc joue Persephone, dans une mise en scène de Peter Sellars au festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence, lors d'une répétition le 29 juin 2015.

© BERTRAND LANGLOIS / AFP

La comédienne Dominique Blanc a gardé la fraîcheur lumineuse d'une jeune fille et c'est "avec le trac" qu'elle fait son entrée, à 59 ans, à la Comédie-Française pour y incarner au printemps prochain Agrippine, un rôle tragique, comme celui de Perséphone, qu'elle joue ces jours-ci à Aix-en-Provence.

Dominique Blanc a gardé son chemisier clair, malgré la chaleur étouffante d'Aix-en-Provence où elle reprend, du 5 au 19 juillet, le rôle de Perséphone, la fille de Zeus, enlevée par Pluton pour devenir reine des Enfers. "La tragédie grecque devient mon identité, mon asile, je m'y sens chez moi!", confie-t-elle, toute souriante. L'opéra "Perséphone" est repris dans la mise en scène de Peter Sellars créée en 2012 à Madrid.

A 59 ans, Dominique Blanc entre à la Comédie-Française

Mais Dominique Blanc ne sera plus de la partie pour la prochaine étape à Lyon : elle aura intégré, à partir du 19 mars, la Comédie-Française pour y préparer "Britannicus", sous la direction de Stéphane Braunschweig. Un "accomplissement", dit-elle. "J'ai le trac ! J'ai envie d'être acceptée et j'ai envie qu'on m'aime évidemment". La comédienne a pourtant une impressionnante carrière derrière elle.

Dominique Blanc a été la Phèdre de Patrice Chéreau (2003) avec Eric Ruf, actuel patron de la Comédie-Française, qui vient de l'embaucher. "Il a été mon Hippolyte", dit-elle, "cela nous lie à jamais". De Chéreau, elle dit qu'il lui "manquera jusqu'au bout". Trente-trois ans de cheminement commun ne s'effacent pas facilement, de "Peer Gynt" en 1981 à cette "Elektra" de légende, la dernière production de Chéreau qu'elle était venue voir spécialement ici, à Aix, juste avant son décès en octobre 2013.

Chéreau comme mentor

"J'ai joué six fois avec lui, j'ai eu beaucoup de chance, la chance de le rencontrer à mes débuts, parce que dès le départ, ça vous introduit dans ce milieu et ça vous donne une exigence artistique incroyable", dit-elle doucement, émue. Le 12 juillet, elle lira des textes de Patrice Chéreau au Musée Calvet au festival d'Avignon, à l'invitation de France Culture.

Quatre Césars et deux Molières ont couronné le talent de la comédienne. Ce n'était pourtant pas gagné dès le départ : elle rappelle en souriant avoir raté "le concours du Conservatoire plusieurs fois, et la rue Blanche aussi (une des trois écoles nationales de théâtre en France, ndlr) ! Ça a été terrible, j'ai sangloté des jours entiers dans ma chambre de bonne et je ne me suis pas rendue dans le quartier du Conservatoire pendant des années !"

C'est François Florent qui la "sauve" en la persuadant d'intégrer la fameuse classe libre du Cours Florent, pépinière de comédiens d'exception. Il lui prédit : "Toi, Blanc, après trente ans tu n'arrêteras plus". Ce n'est pas aujourd'hui qu'elle va le démentir : avant "Britannicus", elle sera la marquise de Merteuil des "Liaisons dangereuses" mises en scène par Christine Letailleur, au Théâtre National de Bretagne (TNB), à Rennes, puis en tournée jusqu'en mars au Théâtre de la Ville. Une perspective qui l'enchante : "Je vais me régaler, une vraie méchante, quel bonheur !"