Pinochet et Thatcher ressuscités le temps d'un opéra, "Aliados"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/06/2013 à 09H59
Rencontre entre Pinochet et Thatcher le 27 mars 1999

Rencontre entre Pinochet et Thatcher le 27 mars 1999

© JONES/L.R.C./SIPA

"Ainsi, vous avez amené la démocratie au Chili": c'est ainsi que Margaret Thatcher salue son vieil allié dans la guerre des Malouines contre l'Argentine, l'ancien dictateur Augusto Pinochet. Leur rencontre dans un appartement londonien, le 26 mars 1999, est au coeur d'"Aliados", opéra créé du 14 au 19 juin au Théâtre de Gennevilliers.

"On reproche souvent à l'opéra de s'emparer de sujets anciens, là c'est un opéra du temps réel", explique le metteur en scène Antoine Gindt. Non seulement les faits sont contemporains - la rencontre se déroule il y a seulement 14 ans à Londres, dans un appartement où Pinochet est assigné à résidence alors qu'il est accusé de crimes contre l'humanité - mais le traitement de l'opéra fait appel aux techniques les plus en pointe, puisqu'il a été conçu en partie dans les studios de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique, le laboratoire du son fondé par Pierre Boulez et implanté près du Centre Pompidou.
Bande annonce de l'opéra "Aliados"
Les voix des protagonistes ont été retraitées pour refléter leurs caractères: Pinochet vociférant dans un mégaphone grâce à des filtres, la voix de Thatcher hachurée pour illustrer les troubles de langage de la maladie d'Alzheimer dont elle commence à souffrir. Chacun s'exprime dans sa langue maternelle : l'espagnol pour le dictateur, l'anglais pour "Maggie", comme pour matérialiser l'enfermement de chacun dans sa logique personnelle.

La mise en scène fait appel à la vidéo 
Le réalisateur Philippe Béziat doit tourner et projeter les images en direct offrant un "prolongement filmé" à l'action sur le plateau. Mais la technique ne se substitue pas au spectacle vivant: il y a bien un orchestre (ensemble Multilatérale), une mezzo pour incarner Thatcher (Nora Petrocenko) et un baryton pour Pinochet (Lionel Peintre). Côté partition, chaque personnage est personnifié par un "avatar" instrumental, la clarinette pour "Maggie", le trombone pour Pinochet.
 
Trois personnages de fiction incarnent la raison d'Etat
L'aide de camp est chargé de rappeler les accusations portées contre Pinochet par le juge espagnol Baltazar Garzon, sur la base du véritable acte d'accusation de l'époque. Le "conscrit", dont l'instrument est la guitare électrique, représente la génération de 63 qui a pris de plein fouet la guerre des Malouines. "Je suis moi-même né en 1963", rappelle l'auteur du livret, l'Argentin Esteban Buch. "Au travers de Thatcher, de Pinochet, de la guerre des Malouines, j'ai fait un retour sur mon histoire et sur celle de ma génération". Il dit assumer "complètement un message politique, engagé", une autre singularité dans le monde de l'opéra. Sebastian Rivas, qui a écrit la musique, est pour sa part fils d'exilés argentins.

"Aliados", un des temps forts du festival "Manifeste" de l'Ircam
Après Gennevilliers, l'oeuvre sera donnée au festival Musica de Strasbourg (4 octobre), à Rome (Teatro Palladium 11 octobre) et Saint-Quentin-en-Yvelines (31 janvier).

"Aliados" est un des temps forts du festival "Manifeste" de l'Ircam, qui propose jusqu'au 30 juin 18 créations mondiales et premières en France.