"Maître Puntila et son valet Matti" à Strasbourg : Brecht à la sauce Chaplin

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/03/2013 à 18H38
Maître Puntila et son valet Matti au TNS

Maître Puntila et son valet Matti au TNS

© Agathe Poupeney / Photoscène

Le Théâtre National de Strasbourg propose "Maître Puntila et son valet Matti" de Bertolt Brecht dans une mise en scène de Guy-Pierre Couleau. Cette chronique tragi-comique résumant la lutte des classes à celle d'un bourgeois et de son domestique est ici traitée dans un décor minimaliste. Jusqu'au 27 mars 2013.

Tout le théâtre de Bertolt Brecht illustre la lutte des classes. Dans le drame comme avec "Mère courage et ses enfants", sous la forme musicale avec "L'opéra de quat' sous" (sur une musique de Kurt Weil) ou sous le prétexte du rire avec "Maître Puntila et son valet Matti". Mais même quand le rire est convoqué le propos reste tragique. Le contexte historique, l'immédiat avant deuxième-guerre mondiale ou le conflit lui-même, ne prête en effet pas à la gaudriole.

Brecht et Molière
Ecrite en 1940, la pièce met en scène un bourgeois finlandais, Puntila, et son chauffeur, Matti. Les deux personnages sont à l'opposé l'un de l'autre. La situation de départ, très comparable aux comédies de Molière, est pourtant très marquée par son temps. Les enjeux ne sont plus de l'ordre du larcin et de la punition, mais bien plutôt de la tyrannie imposée à une partie de l'humanité par une autre.
Un tyran à deux faces
Puntila a ceci d'exceptionnel qu'il incarne deux types de tyrannie. la première, attendue est celle d'un maître imbu de sa situation. il l'impose lorsqu'il est à jeun et en possession de tous ses moyens. L'autre est plus subtile, plus perverse. Lorsqu'il est alcoolisé, Puntila n'est plus le même, il paraît gentil et conciliant. Il n'en est que plus redoutable.

Pertinent
Le metteur en scène Guy-Pierre Couleau a choisi un décor dépouillé et des costumes qui pourraient aller à toute époque. Un parti pris qui, mais qui s'en étonnerait, marque davantage la pertinence du propos qui reste d'actualité près de soixante quinze ans après l'écriture de l'oeuvre.

La mise en scène n'est pas avare d'effets comiques. la bonne idée aura été de s'inspirer du monde de Chaplin, contemporain de Brecht. Le rire n'est jamais gratuit, il porte toujours avec lui une part du désespoir d'être humain.