« Mai, Juin, Juillet » épopée d’une révolution inachevée au Tnp Villeurbanne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/10/2012 à 16H25
Une scène de Mai, Juin, Juillet

Une scène de Mai, Juin, Juillet

© Michel Cavalca

L’occupation de l’Odéon en Mai 68, la secousse du Festival d’Avignon en Juillet et entre les deux le mois de juin marqué par le rassemblement des directeurs de théâtres publics à Villeurbanne. La création de Denis Guénoun relate trois mois de ce mouvement de révolte qui a secoué le théâtre en 1968 dans notre pays. Un récit qui s’organise autour d’un échange de lettres entre deux hommes aux visions littéralement opposées du théâtre : Jean-Louis Barrault Directeur de l’Odéon et Jean Vilar, créateur du Festival d’Avignon. Comme l’indique son titre, Mai, Juin, Juillet, la pièce est constituée de trois parties très distinctes mais inégales.

Résumé : A travers l’échange de lettres fictives entre Jean-Louis Barrault et Jean Vilar, la pièce raconte les évènements de 68 de mai à juillet dans les milieux de la culture et plus particulièrement du théâtre.

Etudiants et ouvriers

Etudiants et ouvriers

© Michel Cavalca


Mai : Liberté et confusion

La salle Roger Planchon est comble ce mercredi 24 octobre au TNP Villeurbanne pour la première de la création de Denis Guénoun « Mai, Juin, Juillet« .
Un homme seul entre en scène et très vite on comprend dans son monologue qu’il s’agit de Jean-Louis Barrault, directeur de l’Odéon en 1968 (interprété par le très bon Marcel Bozonnet).
Aux prises avec l’occupation de son théâtre par les contestataires qui ont installé dans son théâtre une tribune libre, il relate les évènements.
Un monologue qu’on attendait long et finalement interrompu par une horde de manifestants (joués par l’excellente troupe du TNP, tous très justes dans leur rôle) qui entre en scène et crée un effet de surprise. La quarantaine de manifestants insuffle un rythme, une énergie sur scène qui symbolise tout à fait le souffle de la révolte qui grondait en 1968. La confusion également y régnait lorsque les ouvriers débarquent à leur tour, revendiquant leur lutte face à des étudiants idéalistes dont le combat est bien plus utopiste. Dans cette première partie très dense, complexe et pleine de références politiques et culturelles (avec l’apparition sur scène du Général de Gaulle désemparé par cette révolution et de son ministre de la culture André Malraux), le public est pris à témoin dans une mise en scène très bien orchestrée. On est happé par l’histoire servie par des dialogues enlevés, lyriques et parfois plein d’humour. Des documents d’archives de mai 68 sont également diffusés en arrière plan  pour  resituer la scène dans son contexte.

Juin

Juin

© Michel Cavalca

Juin  : une rébellion qui s’essouffle

La mise en scène de cette deuxième partie montre clairement un mouvement qui  part dans tous les sens, sans véritable objectif et donc qui s’essouffle.  Le mois de juin est marqué par la rencontre entre les directeurs des théâtres publics à Villeurbanne. Une réunion au cours de laquelle ils vont remettre en cause une culture trop élitiste de l’époque. Jean-Louis Barrault est même accusé d’être le serviteur du régime en matière culturelle. Si tous les théâtres de France sont en grève, celui de l’odéon est investi par la foule et finira par être saccagé. Le rythme de cette deuxième partie est plus lent. Les discussions très intellectuelles autour de la culture sont animées et les comédiens de la troupe du Tnp sont tous très justes dans leur rôle. On sent l’émulation intellectuelle de cette époque troublée ou tout est remis en question. Tous les directeurs habillés de gris réunis autour de cette table ne symbolisent-ils pas une forme de culture unique dans un pays dirigé par le général de Gaulle ? La problématique d’une culture libre et non sous la tutelle de l’état est abordée. Abolir les privilèges dans la vie comme au théâtre rêvent les plus utopistes. A l’issue de cette réunion, le manifeste de Villeurbanne sera signé pour ouvrir la culture au plus grand nombre.


Juillet : la fin d’un rêve ?

Pour cette troisième partie qui arrive juste après l’entracte, on sent un public un peu plus dissipé. La pièce s’achève sur une mise en scène épurée. Jean Vilar (interprété par Eric Ruf, sociétaire de la comédie française)  au festival d’Avignon répond à Jean Louis Barrault sur un lit d’hôpital.
L’homme de théâtre fatigué défend sa vision de la culture et à son tour doit faire face aux derniers manifestants, les plus âpres, venus de Paris. 

Juillet : J L Barrault/Marcel Bozonet à l'hopital

Juillet : J L Barrault/Marcel Bozonet à l'hopital

© Michel Cavalca
Pris à parti par ces révolutionnaires qui rêvent d’un nouveau théâtre où les frontières entre acteurs et public seraient abolies, Jean Vilar est accusé d’avoir crée un supermarché de la culture.

Une troisième partie « poussive » à la mise en scène un peu bâclée. Une allégorie de la poésie et de la révolution entrent même en scène laissant le public déconcerté. Le final qui réunit Jean Vilar et Jean-Louis Barrault clôt ce triptyque de trois heures.

Mai, Juin, Juillet de Denis Guénoun / mise en scène Christian Schiaretti / Création TNP

jusqu'au 31 octobre 2012 au TNP à Villeurbanne