Lyon: Claudia Stavisky ose un "Lorenzaccio" en russe aux Célestins

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/03/2012 à 10H17
Lorenzaccio interprété par Danila Kozlovski

Lorenzaccio interprété par Danila Kozlovski

© Viktor Vassiliev

"Lorenzaccio" d'Alfred de Musset, jouée à Lyon et interprétée dans leur langue natale par des comédiens russes, le tout surtitré, il fallait oser. La metteur en scène Claudia Stavisky l'a fait, en collaboration avec le Maly Drama Théâtre de Saint-Pétersbourg. Une belle aventure et un grand classique du répertoire à découvrir sur la scène du théâtre des Célestins du 14 au 17 mars. A la veille de la première représentation, Culturebox était là pour "la générale". Un moment privilégié en compagnie de comédiens d'exception.

"C'est l'aboutissement d'une des plus belles aventures qu'il m'ait été donnée de vivre dernièrement".  Une chose est sûre : Claudia Stavisky a vécu intensément ces mois passés avec la troupe russe du Maly Drama Théâtre. C'est l'une des plus prestigieuses compagnies de théâtre au monde, l'équivalent de notre Comédie-Française. Elle regroupe soixante-dix comédiens dirigés par le metteur en scène russe Lev Dodine. Une vingtaine d'entre eux ont participé à l'épopée "Lorenzaccio" avec Claudia Stavisky. Une épopée qui a commencé en 2010 quand la directrice des Célestins est allée monter cette pièce d'Alfred de Musset qui n'avait jamais été jouée à Saint-Pétersbourg. Deux ans plus tard et alors que la pièce est entrée au répertoire russe, la metteure en scène fait venir la troupe pour jouer "Lorenzaccio" aux Célestins. Musset en russe, surtitré. Un vrai défi.

 

"C'est une tarte à la crème que de dire des classiques qu'ils sont modernes" confessait Claudia Stavisky dans une interview à L'Express, "mais Lorenzaccio se situe à une période historique qui résonne violemment dans notre présent".  La pièce nous plonge dans la Florence du XVIème siècle, minée par la corruption, les luttes de pouvoirs et dirigée par un tyran, Alexandre de Médicis. Son cousin, Lorenzo, est devenu son compagnon de débauche mais dans un but secret : le tuer pour permettre aux républicains de reprendre le pouvoir.

Mais dans ce double jeu, il va se perdre, s'éprendre d'une gloire à la Brutus et découvrir la vilénie humaine. La mort d'Alexandre ne changera rien et un autre tyran prendra sa place, sans que le peuple ait son mot à dire.  Comment ne pas faire le parallèle avec des événements actuels et parmi eux, le retour de Valdimir Poutine au pouvoir après des élections entachées d'irrégularité ? Claudia Stavisky confie qu'en travaillant,  la troupe de jeunes acteurs lui disaient qu'ils pourraient employer exactement les mêmes mots aujourd'hui...Une troupe extraordinaire. Le mot semble fort est pourtant l'engagement de ces comédiens force le respect. Car ici, tout repose sur leur jeu, leur énergie  et leur talent.

 

 

Claudia Satvisky a fait le choix d'une scène nue, sans décor. Seuls des éléments mobiles (lit, table, escaliers) viennent se rajouter le temps d'une scène (à noter les très beaux costumes signés Agostino Cavalca ). Les comédiens doivent donc habiter l'espace qui est ici utilisé au maximum avec des entrées et sorties de scène qui se font du côté de la salle, des comédiens qui interviennent depuis les balcons. Autant de procédés qui dynamisent la pièce. Les 3 heures passent et on ne s'en rend pas compte. Certes, il faut jongler entre la lecture du surtitrage au-dessus de la scène et l'attention portée aux comédiens. Mais on finit par s'habituer et surtout on se laisse emporter par cette langue merveilleuse qu'est le russe. Ca roule, ça claque, ça chuchote, ça s'emporte. Cela vit tout simplement et on imarait alors connaître quelques mots de russe pour dire à cette belle troupe "Merci et Bravo".

 

 

"Lorenzaccio" d'Alfred de Musset, mise en scène de Claudia Stavisky avec la troupe permanente du Maly Drama Théâtre, du 14 au 17 mars aux Théâtre des Célestins à Lyon - Durée : 3h avec entracte