Les milieux culturels s'inquiètent de l'arrivée de maires Front national

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 27/03/2014 à 15H08
Jean-Michel Ribes directeur du Théâtre du Rond-Point entend "élever une place forte et depuis cette place forte montrer combien l'art et le Front national sont  incompatibles".

Jean-Michel Ribes directeur du Théâtre du Rond-Point entend "élever une place forte et depuis cette place forte montrer combien l'art et le Front national sont  incompatibles".

Une dizaine de villes pourraient basculer dimanche prochain vers le Front national, de quoi susciter l'inquiétude des milieux culturels qui gardent en mémoire les censures dans les bibliothèques et la suppression brutale des subventions aux associations culturelles opérées en 1995 par les municipalités frontistes.

Le directeur du Festival d'Avignon, Olivier Py, a le premier poussé un cri d'alarme, annonçant qu'en cas de victoire du FN, "le festival d'Avignon pourrait partir pour une autre ville". Un déclaration jugée "indigne" par Marine Le Pen, qui soulignait jeudi sur France Inter que "M. Py n'est pas propriétaire du festival d'Avignon" et "qu'il y aura sûrement des tas d'artistes ravis de prendre sa place à la tête du Festival".

Comment réagir ? Les acteurs de la culture divisés

La position d'Olivier Py ne fait pas l'unanimité. Greg Germain, qui dirige le "Off" d'Avignon, prône la résistance. "Devrions-nous, après l'emblématique Cité papale, abandonner Hénin-Beaumont, Perpignan, Béziers, Fréjus, Saint-Gilles? Puis, pourquoi pas, ville par ville, les quartiers mal-votants?" interroge-t-il. "Nous, artistes, devons nous engager à assumer, résolument, le défi que nous poserait l'arrivée du Front National à la mairie d'Avignon".

Jean-Michel Ribes, directeur du théâtre du Rond-Point et fidèle d'Avignon, soutient Olivier Py mais privilégie une autre voie: "élever une place forte et depuis cette place forte montrer combien l'art et le Front national sont incompatibles". A Perpignan, le fondateur du festival de photo-journalisme "Visa pour l'image" Jean-François Leroy "a eu la tentation de faire comme Olivier Py" mais juge de son "devoir de ne pas se prononcer" avant les résultats, dit-il à l'AFP. Il s'interroge sur l'attitude du candidat FN Louis Aliot s'il l'emportait: "souhaiterait-il maintenir un festival comme "Visa pour l'image" sans le museler et en lui laissant une totale liberté d'expression comme cela a toujours été le cas sous les trois municipalités qui nous avons connues?"

"Une redoutable vision du monde culturel"

Les expériences du FN à Toulon, Vitrolles, Marignane et Orange ont montré une "redoutable vision du monde culturel structurée par quelques grandes obsessions", affirme le Syndicat des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac): "attaques contre l'art contemporain, éloge du traditionnalisme, dénonciation des réseaux parisiens et de l'élitisme culturel, rejet du multiculturalisme et défense du patrimoine historique et religieux". A Toulon, où il a été maire de 1995 à 2001, le FN Jean-Marie Le Chevallier a repris en main la Fête du livre et inauguré en 1996 une "fête de la liberté du livre" faisant une large place aux auteurs du Front national.

A Orange, Jacques Bompard (ex FN, aujourd'hui "Ligue du Sud"), faute d'avoir pu s'imposer à la présidence des Chorégies, prive le festival de subventions pendant deux ans (1996-1997). Aujourd'hui, "les relations se sont normalisées", constate Raymond Duffaut, directeur du festival lyrique. M. Bompard a siégé pour la première fois au Conseil d'administration du festival en février. Il est vrai que les Chorégies sont sur le fil du rasoir avec des subventions inchangées depuis 10 ans, et un "trou" de 600.000 euros. 

Jeudi matin, Marine Le Pen assurait que "les Chorégies d'Orange ne se sont jamais aussi bien portées et l'offre culturelle n'a jamais été aussi importante que depuis que le FN a gagné la ville en 1995". Les Chorégies sont l'unique manifestation d'importance de la ville de 30.000 habitants, dont le théâtre municipal propose des conférences sur l'aromathérapie ou la fabrication du pain et des pièces de boulevard.

Bibliothèques expurgées... "tout ça c'est de la politique d'hier" déclare Marine Lepen

Le maire défend "l'émergence d'une contre-culture populaire" et fustige dans Télérama (12 mars) "le financement public du pipi-caca des spectacles d'Avignon, qui choquent le petit peuple de France et ravissent l'intelligentsia". L'inspection générale des bibliothèques avait révélé en 1996 le retrait de la bibliothèque municipale d'Orange de livres taxés de "mondialisme" ou d'"atteintes aux bonnes moeurs". "Je crois que tout ça c'est de la politique d'hier", a déclaré Marine Le Pen jeudi, assurant que "les bibliothèques des villes dirigées par le Front national ne se verront pas expurgées de livres quelconques". "Nous serons extrêmement vigilants", a promis la ministre de la Culture Aurélie Filippetti au Salon du Livre.